Double-meurtre de Montigny: «Francis Heaulme est impliqué, il n’y a pas de doute»

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Jean-François Abgrall, le gendarme qui a confessé Francis Heaulme attend avant de témoigner lors d'un procès, à Lyon en 2002.
Jean-François Abgrall, le gendarme qui a confessé Francis Heaulme attend avant de témoigner lors d'un procès, à Lyon en 2002. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Il a déjà été condamné six fois pour «meurtre» dont deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais Francis Heaulme a toujours nié avoir une quelconque responsabilité dans l’affaire du double meurtre de Montigny-les-Metz (Moselle) commis en 1986. Mis en cause tardivement après l’acquittement de Patrick Dils, le «Routard du crime» pourrait finalement être renvoyé devant les assises de Metz pour cette affaire. Alors que la cour de cassation doit rendre, ce mardi, sa décision dans cette affaire, 20 Minutes a recueilli les confidences de Jean-François Abgrall, le gendarme qui a permis son arrestation et qui l’a «confessé» en prison…

Pouvez-vous nous expliquer dans quelles conditions vous avez interrogé Francis Heaulme?

C’était en 1992. Il avait été arrêté pour un meurtre commis près de Brest (Finistère). Alors qu’il était en prison, nous devions l’interroger pour tenter de retracer son parcours. Nous avions découvert qu’il avait sillonné la France et voulions savoir s’il pouvait être impliqué dans d’autres affaires non élucidées.

Etait-il coopératif?

Il faut bien se rendre compte que Francis Heaulme a un mode de fonctionnement très particulier. Il a commencé par parler des «pépins» qu’il avait eus durant sa vie. C’était une série de petites histoires. A chaque fois, il se présentait comme s’il avait été le spectateur des faits.

C'est-à-dire?

Il aborde toujours les faits de la même manière. Il dit qu’il est arrivé sur les lieux après le crime ou au moment du crime, qu’il a découvert les corps ou vu quelqu’un tuer. Mais ce n’est jamais lui. En même temps, il est tellement précis et il dispose d’une telle mémoire que ce n’est pas possible de croire qu’il n’est pas impliqué dans ce qu’ils appellent alors ses «pépins».

Vous avez un exemple en tête?

Oui, je me rappelle qu’il nous a raconté une histoire qui lui était arrivée près de Brest. Il nous dit exactement: ‘‘Un jour, j’ai étranglé un arbre. C’était à 12 kilomètres de la mer. Quand l’arbre est tombé, j’ai découvert que c’était un petit garçon. Alors j’ai caché le corps dans les herbes hautes…’’ C‘est ainsi qu’il a été condamné pour le meurtre du petit Joris  qui avait été découvert étranglé dans un pré à 12 kilomètres très précisément de la mer.

>> Pour tout comprendre de l’affaire de Montigny-les-Metz

Comment en est-il arrivé à parler de l’affaire du double-meurtre de Montigny?

Toujours de la même façon. Il raconte qu’il se promenait un jour près d’une voie ferrée dans l’Est et que des gamins lui ont jeté des pierres. Quand il est revenu de sa promenade, il dit avoir découvert que les enfants étaient morts. Il se pose encore en spectateur. C’est pour cela qu’on lui a très souvent demandé de dessiner des croquis. D’une façon très scolaire, il détaille les lieux et au bout d’un moment, il dessine une croix sur la feuille et il inscrit ‘Moi’ en dessous. Il passe alors de spectateur à acteur…

Mais à l’époque, l’affaire de Montigny avait déjà été jugée…

Oui, Patrick Dils avait été condamné à la perpétuité pour ce double-meurtre. C’est pour cela qu’on n’a pas retrouvé la trace de cette affaire dans les bases de données. L’affaire était close. Ce n’est que plusieurs années après que l’avocate de Patrick Dils m’a écrit, convaincue de l’innocence de son client, pour me demander si Francis Heaulme avait parlé d’une affaire dans l’Est. Là, ça a fait ‘tilt’ tout de suite. Nous avons vérifié si Francis Heaulme avait bien habité dans l’Est à cette période-là, l’enquête a été rouverte et Patrick Dils innocenté.

Ce mardi, il pourrait être renvoyé devant les assises pour cette affaire. C’est une bonne chose?

Cela arrive tardivement. Mais Heaulme est impliqué dans cette affaire, il n’y a pas de doute. Pour quelqu’un qui se dit innocent, il est quand même très au courant.