Lyon: Il y a trente ans, les Beurs de France se révoltaient

avec AFP

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La Marche des Beurs, en 1983.
La Marche des Beurs, en 1983. — DOMINIQUE FAGET / AFP

Ca a commencé le 20 juin 1983. Lorsque la police tire sur un jeune des Minguettes, dans la banlieue de Lyon (Rhône). L’incident aurait pu dégénérer en émeute. Surtout que le climat est des plus tendus suite à une série d'agressions racistes, de rodéos et d'affrontements avec les forces de l'ordre. Mais les Beurs de Lyon ne s’engagent pas dans cette voie. Ils décident de marcher pour désactiver ce cercle de violences. Et lancent la «Marche des Beurs».

Sur fond de percée du Front national, qui a recueilli 10% des suffrages aux municipales de mars, les jeunes font aussi «une déclaration d'amour à la France», qui découvre, éberluée, la diversité de sa jeunesse. Le groupe est d’ailleurs très divers, en termes d’âge et d’origine. Des Français «de souche» participent au mouvement. Des prêtres aussi.

Accueillis à Paris par 100.000 personnes... Et François Mitterand

Encadrée par le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil, qui défendent les droits des immigrés au sein de la Cimade, les marcheurs quittent Marseille le 15 octobre dans une relative indifférence. Un mois plus tard, la mort d'un touriste algérien tabassé et jeté d'un train par des légionnaires lui donne une nouvelle ampleur, et le cortège grossit progressivement.

Sept semaines et 1.000 km après leur départ, les marcheurs sont accueillis à Paris par près de 100.000 personnes. Une délégation triée sur le volet est reçue à l'Elysée par le président François Mitterrand. Le chef de l'Etat annonce alors la création d'une carte de séjour de dix ans pour les immigrés. Ce n’était pourtant pas l’une des revendications des marcheurs.

Leur principale demande -la lutte contre les crimes racistes et contre les violences- prendra plus de temps à trouver un écho. Quatre ans plus tard seulement, des directives sont données aux parquets pour qu'ils poursuivent les auteurs et les mettent en détention. Depuis, la situation sociale des banlieues a continué de se dégrader. Le taux de pauvreté (part des habitants vivant avec moins de 964 euros par mois) y dépasse aujourd'hui 36% et celui du chômage 22%.