Des comptes bancaires low cost qui laissent sceptiques les buralistes

REPORTAGE Accessibles à tous, «Nickel» sera disponible dans quelques bureaux de tabac au deuxième semestre...

Aude Massiot
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Dans un bureau de tabac à Paris, le 10 juin 2013.
Dans un bureau de tabac à Paris, le 10 juin 2013. — PFG/SIPA

Un nouveau service qui ne fait pas encore un tabac. Alors que les buralistes font face à une baisse des ventes de cigarettes et une hausse de la contrebande, pour doper leur chiffre d'affaires, une dizaines d'entres eux, en région parisienne, à Nantes, à Douai et à Lyon vont proposer d'ici à novembre à leurs clients d'ouvrir un compte bancaire. «Je ne suis pas contre la diversification, affirme Mirela, buraliste travaillant à Lyon, au contraire: en venant ouvrir ce compte, le client pourra acheter sa presse, un paquet de cigarettes, un jeu à gratter.» 

«Moi, je ne le sens pas»

Cependant, elle émet des réserves quand aux conditions dans lesquelles seraient mis en place ce système. «Je ne veux pas faire le boulot d’un banquier et avoir à manipuler de l’argent, ou avoir des distributeurs à billets dans le magasin, ça serait trop dangereux, ça renforcerait le risque de braquage surtout pour ceux qui, comme moi, sont ouverts tard le soir.» Baptisé Nickel, ce compte en banque n'emporte pas l'adhésion des propriétaires de bureaux de tabac interrogés par 20 Minutes. 

«Moi, je ne le sens pas», s’exclame Martin quand on lui parle du projet. Pour cet homme âgé d'une quarantaine d'années, tenant un bar-tabac boulevard Haussmann à Paris, «ils n’ont rien inventé. Ça existe déjà depuis longtemps ce système.» Il montre alors un kit avec une carte bancaire Mastercard qu’il est possible de recharger, et avec laquelle on peut payer  dans les magasins et sur Internet. 

Mais le nouveau système proposé par Hugues Le Bret, ancien PDG du site de banque en ligne Boursorama, et qui sera généralisé en 2014, permet en plus de créer un compte à partir duquel il serait possible d'effectuer des transferts et des prélèvements. Accessibles sans condition de revenus, dépôts ou de patrimoine, ils seraient destinés à des personnes qui n’auraient pas les moyens d’entretenir un compte bancaire normal.

«On n’est pas des banques»

«Attendez, c’est chacun son boulot. On n’est pas des banques, rétorque Gisèle, on a déjà assez de travail comme ça.» Cette jeune buraliste du quartier Saint-Lazare à Paris, ne voit pas l’intérêt pour son commerce de mettre en place ce système. «Cela ne représenterait que des complications. Déjà que je suis censée vérifier si les gens ont assez d’argent sur leur compte pour payer.»  

Jean-Yves, propriétaire de son tabac à Nantes, n’est pas plus motivé par l’initiative. «Je demande à voir, mais je suis, a priori, sceptique. Après, ce genre de produits attire les gens dans notre commerce. Là-dessus, on a une carte à jouer... Mais franchement, mieux vaudrait apprendre aux jeunes la valeur d'un billet plutôt que de leur mettre une carte de crédit low cost entre les mains.»