Conférence sociale: «La faiblesse et la division des syndicats, l'écueil fondamental du dialogue social»

Propos recueillis par Maud Pierron

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Thierry Lepaon, le numéro 1 de la CGT, sur le perron de l'Elysée, le 22 mai 2013.
Thierry Lepaon, le numéro 1 de la CGT, sur le perron de l'Elysée, le 22 mai 2013. — K. TRIBOUILLARD / AFP

Jeudi et vendredi se tiendra la deuxième conférence sociale du quinquennat de François Hollande. Tous les partenaires sociaux seront réunis pour faire émerger de nouvelles mesures. Au menu: les retraites et l'emploi, mais aussi d'autres sujets moins médiatiques comme la formation professionnelle ou le financement de la protection sociale. Guy Groux, directeur de recherche au Cevipof spécialiste des relations sociales, revient pour 20 Minutes sur le principe de ces grandes réunions et leur utilité.

 

La conférence sociale était l’une des promesses de Hollande pour rompre avec l’ère Sarkozy, mais est-ce vraiment une rupture ou simplement un habillage cosmétique?


Il y a eu de nombreux sommets sociaux et autres conférences sociales ces trente dernières années. On avait parfois l’impression d’assister à des grand-messes et ça leur a été beaucoup reproché. Mais pour François Hollande, ces conférences relèvent vraiment de la concertation. On retrouve l’héritage hollandais, qui s’incarne dans le delorisme, ce lien entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux pour réformer. Et cette forme correspond à l’orientation vers la sociale-démocratie que souhaite Hollande. Dans la plupart des pays d’Europe du Nord, ces rendez-vous avec les partenaires sociaux sont habituels. Mais dans ces pays, les syndicats sont puissants et unis, ce qui est capital. Alors qu’en France, ils sont faibles et divisés.

Cela empêche un vrai dialogue social?


C’est l’écueil fondamental du dialogue social. Les syndicats qui signent un accord prennent le risque de se voir contester par une autre organisation. Cette division est un élément de déficit du dialogue social. Le gouvernement se retrouve pris entre une CFDT qui a une expertise très élevée dans certains domaines, qui propose des avancées, qui est réformiste et une CGT qui a une capacité de mobilisation inouïe dans la rue. Alors, ça n’empêchera pas la réforme, mais ça en freinera le rythme.

Il y a déjà eu une conférence sociale en juillet dernier, peut-on dire que c’est vraiment utile?


Cette conférence a été suivie d’un gros accord interpofessionnel, traduit dans la loi, sur un thème novateur en France, l’emploi lié à la compétitivité. C’est un début d’efficacité sur un domaine non-négligeable. Les syndicats sont faibles et divisés, c’est un problème. Mais la réforme n’a de chance que si, lors des concertations entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux, des concessions soient acceptées avec des contreparties. Les syndicats les plus réformistes sont handicapés car ils ont une posture sur la négociation et le compromis, mais la crise réduit la possibilité de ces contreparties alors que les concessions demandées sont plus importantes.

Est-ce plus simple ou plus difficile pour un pouvoir de gauche de mener ce dialogue social?


Justement, l’une des ruptures de François Hollande, c’était de s’engager à ce que le pouvoir ce concerte sur tous les sujets avec les partenaires sociaux. Les syndicats ont longtemps critiqué la gauche de ne pas les avoir assez écoutés. Mais même si la gauche au pouvoir à très envie de concertation, sa grande difficulté, c’est le déficit colossal et la crise dont on peine à voir le bout, qui limite les capacités de contreparties.