Accros aux jeux en ligne: «Une très nette émergence des problèmes liés au poker et aux paris sportifs»

SANTE Ces «addicts» aux jeux en ligne inquiètent les pouvoirs publics...

Maud Pierron

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Illustration des jeux de pari en ligne.
Illustration des jeux de pari en ligne. — SEBASTIEN ORTOLA / 20 MINUTES

Deux ministres en déplacement pour dire la «préoccupation» du gouvernement face à l’addiction aux jeux et notamment aux jeux en lignes. En visite ce mardi à l’hôpital Marmottan (Paris 17e), spécialisé dans le traitement des addictions, Bernard Cazeneuve, ministre du Budget, et  Valérie Fourneyron, ministre des Sports, en ont profité pour  annoncer quatre mesures que le gouvernement compte prendre pour mieux encadrer la pratique de jeux en ligne (voir par ailleurs) et donc «protéger le joueur».

Car si cela fait une dizaine d’années que l’hôpital voit défiler toute sorte de patients accros en ligne, leur nombre augmente depuis 2010 et l’autorisation des jeux en ligne. «On note depuis deux ou trois ans une nette émergence  de problèmes de pokers en lignes et de paris sportifs», explique le professeur Marc Valleur, qui pilote le service où sont passées 3.267 personnes en 2012, dont 166 pour des problèmes d’addictions aux jeux.

Une minorité par rapport aux dépendants aux drogues en tout genre mais qui inquiète toutefois les pouvoirs publics. «L’addiction aux jeux en ligne est différente: on peut jouer tout le temps, de partout, sur tous les outils», rappelle Valérie Fourneyron à 20 Minutes. Aucune limite de temps, peu ou pas de barrière technique: tout est fait pour rendre accro. «Il faut faire savoir que ces centres existent. Une très grande majorité des joueurs excessifs ne se sentent pas concernés et pensent qu’ils peuvent s’en sortir seuls. Et le temps qu’ils en prennent conscience, ils ont déjà mis en péril leurs finance, leur couple, leur famille, ou leur santé mentale», explique-t-elle.

Des joueurs mieux insérés

D’après les premiers résultats d’une étude sur les joueurs en ligne à paraître la semaine prochaine, sur les deux millions d’adeptes, il y aurait quelque 200.000 cas à risques et 125.000 personnes aux comportements excessifs. Ce sont le plus souvent des hommes, âgés de moins de 34 ans, aux revenus faibles (- de 1.100 euros par mois).

D’après les soignants, le profil de «l’addict» aux jeux est différent du toxicomane: ils seraient plus éduqués et mieux insérés. Déjà, note une encadrante, «il faut avoir un ordinateur au moins, ça sélectionne». «Ces patients ont un bagage social et culturel, ils sont mieux insérés  donc ils partent avec moins de handicap que des toxicomanes et les résultats sont plus rapides», confirme le professeur Marc Valleur. D’où la petite dizaine d’hospitalisation par en moyenne, alors que le service accueille une dizaine de dépendants par semaine.

«Le jeu amène à la dépression»

Le médecin voit par ailleurs une autre différence entre les joueurs de jeu d’argent classiques et ceux qui  derrière leur écran: pour schématiser, en casino, la personne est déjà dépressive et joue pour lutter contre, alors qu’en ligne, «le jeu amène à la dépression».

Mais le traitement d’un accro aux jeux en ligne est classique: consultation psy, groupe de parole, l’hospitalisation, anti-dépresseurs. Mais il y a aussi un volet plus pragmatique: l’hôpital dispose d’un service social chargé de monter les dossiers du surendettement des joueurs, voire de les placer sous curatelle pour «la protection de leurs biens». Une étape indispensable puisque ces difficultés matérielles «entraînent des dépressions et des tentatives de suicide» mais «difficile» note une psychiatre: «Souvent, ils ne veulent pas savoir où ils en sont car ils pensent qu’il vont gagner le lendemain.»