Argenteuil: La colère des habitants après une nouvelle agression raciste

SOCIETE Une femme voilée se serait fait agresser par deux hommes en blouson noir…

Matthieu Goar

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Illustration: police, un policier.
Illustration: police, un policier. — BAZIZ CHIBANE/SIPA

Est-ce  le début d’une série à Argenteuil (Val d’Oise) ou des actes isolés? En l’espace de deux semaines, deux agressions contre des femmes voilées ont provoqué une vive émotion dans la ville. Jeudi matin, une jeune femme de 20 ans a raconté à ses proches avoir été traînée de la rue Antonin Georges Belin à la rue de Calais par deux hommes en blousons noir. L’un aurait eu le crâne rasé, l’autre une petite crête. Les agresseurs auraient alors arraché le voile de la femme puis découpé au ciseau ou au cutter sa tunique et une de ses mèches de cheveux avant de lui taper dessus à coups de pieds. «Quand ils ont su qu’elle était enceinte, ils lui ont cogné dans le ventre et ont crié ‘Tu peux crever avec ton gosse’ », raconte devant l’hôpital le beau-frère Salah qui a retrouvé la jeune femme «prostrée, en pleurs, assise sur un trottoir».

«La prochaine fois qu’est-ce qu’ils feront ? Ils les violeront»

Sortie des urgences où elle a été entendue par des agents de police, la jeune femme est rentrée chez elle. Elle est en état de choc mais la vie de son futur enfant n’est pas en danger. Elle devrait porter plainte vendredi. «Pour le moment, elle a surtout besoin de se reposer», confie  Hosni Maati  l’avocat mise à disposition par l’association La Coordination contre le racisme et l'islamophobie  Mis en fuite par un passant, les agresseurs n’ont pas été arrêtés. Le caractère raciste de l’agression n’est pour l’instant pas confirmé par la police qui a évoqué au départ une «tentative de vol de portable». «Je dénonce fermement les agissements d’activistes d’extrême-droite qui viennent de l’extérieur à Argenteuil pour alimenter les peurs, monter les habitants les uns contre les autres et salir l’image de notre ville», a néanmoins écrit dans un communiqué le député-maire Philippe Doucet qui évoque un «acte islamophobe».

Aussitôt une petite cinquantaine de personnes se sont réunie devant l’hôpital. «On ne va pas se laisser faire. C’est vos sœurs que l’on agresse. La prochaine fois qu’est-ce qu’ils feront ? Ils les violeront», a harangué un homme. Quelques habitants ont demandé des explications à Nicolas Bougeard, adjoint au maire chargé de «la tranquillité et de la police municipale». «Vous êtes des bonimenteurs qui cherchez juste à vous faire réélire», a lancé un habitant alors qu’un autre évoquait les 130 caméras de la municipalité. «Nous serons là à 15h30 vendredi pour écouter attentivement Monsieur Doucet», a promis en colère un autre homme alors qu’un rassemblement est prévu à cette heure-là dans le parc municipal.

Contexte très tendu

Cette agression s’est produite dans un contexte très tendu. Le 20 mai, une jeune femme de 17 ans s’est, elle aussi, fait agresser par deux hommes, également vêtus de blouson noirs, l’un le crâne rasé, l’autre avec un bonnet. On lui a arraché son voile avant de la jeter par terre et de la rouer de coups en la traitant de «sale arabe». «Elle ne dort plus, elle se réveille en sursaut», explique le père de cette jeune fille, Abdelkrim tu ne peux pas donner son nom ? qui affirme qu’un adjoint du maire mairie lui a demandé de ne pas ébruiter l’affaire. Mais, pour l’instant, aucun lien n’a été établi entre les deux agressions.

Mardi après-midi, toujours à Argenteuil, le contrôle d’une femme voilée d’un niqab [un voile intégral] a dégénéré dans le centre-ville. Les policiers ont dû utiliser bombes lacrymogènes et flash balls. Deux hommes ont été interpelés. L’un est sorti seulement jeudi de garde à vue et a été déféré au parquet avant de se rendre boitillant à l’hôpital. Il passera en procès le 3 septembre.