Un examen de santé pour les conducteurs seniors?

Delphine Bancaud

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Une automobiliste de 98 ans à Sydney.
Une automobiliste de 98 ans à Sydney. — Newspix / Rex Features/REX/SIPA

Vieillir ou conduire, faudra-t-il choisir? Le Sénat débat ce jeudi en fin d’après-midi de la conduite parfois dangereuse des personnes âgées à l'occasion de l'examen d'une proposition de loi du sénateur centriste Yves Détraigne, visant à instaurer une évaluation médicale pour les conducteurs âgés.

Le texte, qui propose un examen d'aptitude à la conduite à partir de 70 ans réalisé par un médecin agréé par la préfecture et renouvelable tous les 5 ans, a déjà été rejeté lors de son examen préalable par la commission des Lois. Le sénateur de la Marne proposera en séance un amendement à son propre texte pour remonter le seuil de l'examen médical à 75 ans. Pour autant, il reste contesté par les autres groupes politiques du Sénat et n'a donc aucune chance d'être adopté.

«Ce texte n’a pas en effet, été accueilli avec un enthousiasme débordant», confie Yves Détraigne à 20 Minutes. «Mais mon but est surtout d’attirer l’attention sur cette réalité: l’âge entraîne une baisse des réflexes et une compréhension plus lente des signaux sur la route», explique le sénateur. Qui cite les statistiques de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (Onisr) de 2012: «La part de responsabilité dans les accidents avec atteinte corporelle augmente avec l'âge: 40,86% de 25 à 64 ans, 48,92% de 65 à 74 ans, 60,6% au-delà de 75 ans».

Les personnes âgées pas plus dangereuses, selon les associations

Des données qu’analyse différemment Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière: «Les seniors sont peut-être davantage impliqués dans des petits accrochages qui engendrent de la tôle froissée, mais ils le sont peu dans les accidents mortels de la route. Et ce, parce qu’ils adaptent leur conduite à leurs capacités, en roulant moins, moins vite et rarement la nuit». Un avis partagé par Christophe Ramond, directeur des études à l’association Prévention routière qui souligne que les 65-74 ans «représentent 8% de la population et 7% des tués sur la route, alors que les plus de 75 ans représentent 9 % de la population et 13% des tués sur la route, car ils sont plus fragiles physiquement».

Les associations contestent aussi l’efficacité du contrôle médical: «Dans les pays où la mesure a été imposée, elle n’a pas permis de réduire le nombre d’accidents impliquant des personnes âgées», note Christophe Ramond. Et Chantal Perrichon estime aussi que «ces visites coûteraient trop cher car il faudrait réaliser des entretiens très approfondis». De son côté, Daniel Quero, président de 40 millions d’automobilistes, insiste sur les conséquences humaines d’une telle mesure: «Cela entraînerait forcément une limitation de la conduite pour de nombreux automobilistes qui auraient pourtant la capacité de le faire. Et ce serait un vrai drame pour les ruraux».

Les associations plaident davantage pour le renforcement des mesures de prévention. «Notre association organise 800 stages de remise à niveau par an pour les conducteurs seniors afin de réactualiser leurs connaissances du code de la route et leur donner des conseils pour aborder les ronds-points ou s’insérer sur une voie rapide. Il faudrait multiplier ce type de dispositifs», suggère ainsi Christophe Ramond.