Ces adultes qui passent leur bac

Delphine Bancaud

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Une candidate au baccalauréat technologique, au lycee Chopin de Nancy.
Une candidate au baccalauréat technologique, au lycee Chopin de Nancy. — OL EMILE/SIPA

Lundi prochain, lors des premières épreuves du bac, ils auront sans doute plus la pression que les autres candidats. Chaque année, des milliers d’adultes tentent à nouveau de décrocher le fameux sésame. Selon le ministère de l’Education nationale, à la session 2012, les candidats de 21 ans ou plus représentaient 19% des candidats de la série professionnelle, 5,5% de ceux de la série technologique et 1,4% des candidats au bac général.

Des candidats aux profils très divers, comme en témoigne Françoise Noël-Jothy, proviseure du lycée municipal d'adultes de Paris, qui prépare chaque année entre 60 et 80 adultes au bac: «La moitié d’entre eux ont entre 20 et 25 ans et ont abandonné leurs études prématurément. Ils ont besoin de ce fameux sésame pour pouvoir reprendre leurs études. Les autres candidats ont plus de 30 ans et veulent décrocher le diplôme pour pouvoir passer un concours administratif ou évoluer en interne dans leur entreprise.»

Un sésame pour gagner en estime de soi

Pour tous ces candidats, le bac a aussi une valeur symbolique très forte. Décrocher le bac, c’est pour beaucoup entrer dans la norme et gagner en estime de soi, comme le souligne Françoise Noël-Jothy. «Le fait de ne pas avoir le bac est vécu comme une honte et un handicap pour beaucoup. La société française ayant le culte du diplôme, ils ont besoin de l’obtenir pour se sentir intégré socialement».

Reste que ce rêve est difficilement accessible. Pour optimiser leurs chances de décrocher le bac, certains candidats s’inscrivent dans un lycée pour adulte. Au programme: des cours du soir de 18h à 22h (et le samedi matin en terminale), sans compter les révisions le week-end. Pas évident lorsque l’on a déjà une famille et un emploi. «Ils doivent assimiler le programme officiel en moins de temps que les autres élèves. Et ce n’est pas facile de remettre les mécanismes intellectuels au travail quand on a abandonné ses études depuis longtemps. Il faut réapprendre à se concentrer et à mémoriser, cela demande beaucoup de ténacité», constate Françoise Noël-Jothy.

Un taux de réussite moins élevé

Du coup le taux de réussite au bac de ces candidats de la deuxième chance est beaucoup moins élevé que celui des candidats les plus jeunes. Selon le ministère de l’Education nationale, à la session 2012, à peine plus de la moitié des candidats du bac général âgés de 21 ans ou plus ont obtenu le bac, contre 94% des candidats âgés de 18 ans ou moins.

«Mais il faut savoir qu’ils ont cinq ans pour valider toutes les disciplines et décrocher enfin leur bac», explique Françoise Noël-Jothy. Et quels que soient leurs résultats le jeu en vaut bien la chandelle, selon elle: «Préparer les épreuves leur permet d’acquérir des connaissances qui leur manquaient dans la vie quotidienne. Et cette période studieuse représente un vrai tremplin pour eux. Car presque tous embrayent vers un autre projet de carrière».