Mort de Clément Méric: Le groupe d'extrême droite JNR dans le viseur du gouvernement

POLITIQUE Jean-Marc Ayrault demande la dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, un groupe d'extrême droite fondé par Serge Ayoub...

A.-L.B. avec AFP

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Rassemblement en hommage à Clément Méric le 6 juin 2013 rue Caumartin où il trouvé la mort la veille.
Rassemblement en hommage à Clément Méric le 6 juin 2013 rue Caumartin où il trouvé la mort la veille. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Jean-Marc Ayrault a lancé samedi une procédure de dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), un groupuscule d'extrême droite qui ne semble pas directement lié à la mort de Clément Méric mais que le gouvernement soupçonne d'être en passe de constituer «un groupe de combat».

Cette semaine dans l'hémicycle, le Premier ministre avait affiché sa volonté de «tailler en pièces» les groupuscules néo-nazis, montrés du doigt après le décès de Clément Méric. Samedi, il est passé à l'action lançant une procédure de dissolution des JNR. «Nous sommes très déterminés et nous serons même impitoyables à l'égard de ceux qui nient les valeurs de la République, qui portent la haine», a renchéri samedi le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, en marge d'une visite à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).

Les JNR, «ça n'a pas de statut juridique», selon Ayoub

Avec ses 20 à 30 membres, les JNR forment une sorte de service d'ordre d'un autre mouvement d'extrême droite radicale, Troisième voie, créé en 2010 par Serge Ayoub, un figure de la mouvance skinhead. Crâne rasé, vêtus de noir, les JNR, qui ont participé en mai au traditionnel défilé parisien de l'extrême droite radicale, arborent parfois une devise héritée des fascistes italiens: «Croire, obéir, combattre».

Outre les réserves émises par des experts sur l'utilité d'une dissolution de ces mouvements, la décision d'Ayrault a surpris. Les cinq personnes mises en cause dans le décès du jeune militant anti-raciste, dont l'auteur présumé des coups mortels, sont plutôt des sympathisants de Troisième voie et n'appartiennent pas aux JNR. Les JNR, «ça n'a pas de statut, pas de structure juridique, ça n'existe pas», a assuré à l'AFP Serge Ayoub, accusant Ayrault de «mettre en pièce l'intelligence».

«Il faut évidemment des éléments qui permettent d'amener à cette dissolution», a de son côté souligné Valls. «On est sur les JNR au-delà de ce qui s'est passé» mercredi à Paris, a expliqué à l'AFP un conseiller d'Ayrault, pour qui, concernant les JNR, «les conditions, très restrictives, pour engager une procédure contradictoire de dissolution sont réunies».

Un possible «groupe de combat»

Des éléments de renseignement laissent notamment penser, selon cette source, que les JNR étaient en passe de constituer un «groupe de combat», ce qui ouvre la voie à une éventuelle dissolution. Le gouvernement s'appuie sur l'article 212.1 du Code de la Sécurité intérieure visant les mouvements prônant la «discrimination, la haine, la violence envers une personne ou un groupe de personnes».

Issu de la loi sur les ligues votée en janvier 1936, ce texte cible en particulier les «groupes de combats» et les «milices privées». Il recense aussi des cas de dissolution des groupes qui «provoquent à des manifestations armées dans la rue», «qui ont pour but (...) d'attenter par la force à la forme républicaine du gouvernement» ou qui «provoquent la discrimination, à la haine et à la violence» raciste ou religieuse.

C'est le ministère de l'Intérieur qui va piloter cette procédure contradictoire. Les JNR auront «une dizaine de jours», selon Matignon, pour faire des objections aux éléments dont dispose l'Etat. L'éventuelle dissolution sera ensuite prononcée par décret du chef de l'Etat présenté en Conseil des ministres. Concernant Troisième voie, le gouvernement poursuit «l'examen des conditions dans lesquelles ce groupe, comme d'autres, pourraient faire l'objet de la même procédure», selon l'entourage de Jean-Marc Ayrault.