Mort de Clément Méric: Le point sur l’agression du jeune militant d'extrême gauche

Jérôme Comin

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Rassemblement en hommage à Clément Méric mort des suites d'une agression la veille rue Caumartin, le 6 juin 2013.
Rassemblement en hommage à Clément Méric mort des suites d'une agression la veille rue Caumartin, le 6 juin 2013. — VINCENT WARTNER/20MINUTES

Un jeune étudiant de 18 ans est décédé ce jeudi à la suite d'une rixe mortelle avec des militants d'extrême droite qui a eu lieu mercredi dans le 9e arrondissement de Paris. Alors que de nombreuses manifestations se sont déroulées dans la capitale toute la journée en hommage de ce jeune militant, plusieurs interpellations ont été effectuées ce jeudi.

Où en est l’enquête?

Les enquêteurs ont «rapidement disposé» de signalements précis et de photos des agresseurs présumés. La rue où a eu lieu la rixe est très passante et de nombreux témoignages ont ainsi été recueillis dès mercredi soir. «La brigade criminelle bénéficie d’images issues des caméras de surveillance du quartier», précise une source proche de l’enquête. Quatre personnes ont été interpellées et placées en garde à vue dans l’après-midi de jeudi. Trois nouvelles arrestations ont suivi en fin de journée. Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, a salué «le travail rapide des enquêteurs».

Qui sont les personnes interpellées?

Quatre premiers suspects, trois hommes et une femme âgés de 20 à 30 ans, selon lepoint.fr, ont été arrêtés à la mi-journée à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Trois nouvelles interpellations ont suivi en fin d’après-midi. Selon une source judiciaire, deux des suspects «gravitent autour du mouvement d'extrême droite Troisième Voie», dont les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) sont le «bras armé» et assurent le service d'ordre. Les JNR sont une «vingtaine tout au plus en France», des skinheads pour la plupart, selon une source policière.

L'auteur présumé du coup mortel serait âgé de 20 ans. Plusieurs témoins ont confié mercredi à 20minutes.fr que les skinheads mis en cause dans  cette bagarre étaient connus dans le quartier.

Quels sont les éléments déclencheurs de la bagarre?

L'enquête doit encore déterminer les circonstances exactes de la rixe, notamment son entame. Elle est survenue rue Caumartin, dans le 9e arrondissement de Paris, entre deux groupes à la sortie d'une vente privée de vêtements.

Rencontre fortuite comme l'a déclaré Manuel Valls, ou guet-apens avec la volonté d'en découdre? Selon une source policière, les «antifas» et les JNR «se cherchent» depuis quelque temps. Si plusieurs sources confirment qu’une première altercation a bien eu lieu entre les deux groupes devant la vente privée, les versions divergent sur son origine.

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Libération rapporte que, dans un mail que font circuler des membres de SUD étudiant et d’Alternative libertaire, ses amis, présents sur les lieux, donnent des précisions sur le déroulement de l'agression. Selon un ami de la victime, ils sont tombés sur trois skinheads arborant des tee-shirts «white power» et «blood and honor» à la sortie de la vente. Le témoin précise les avoir vus glisser dans leur sac à dos des poings américains, avant de rentrer.

Selon ce témoin, Clément Méric n'était pas encore sorti. Ses amis ont décidé de l’attendre pour le prévenir de la présence de «néo-nazis». Il explique également avoir signalé aux vigiles que les skins portaient des armes sur eux. Le vigile lui aurait répondu qu'il allait les fouiller et remettre ces armes à deux policiers présents sur les lieux. Quelques minutes plus tard, les deux fonctionnaires seraient sortis seuls. Juste après, cinq skins auraient quitté les lieux avant de foncer sur les militants d'extrême gauche.

Mais une autre source contactée par 20minutes.fr affirme, de son côté, qu’un couple de skinheads qui sortait de la vente a été invectivé par une bande de militants antifascistes. Ils sont alors remontés et ont raconté la scène au vigile. Ils sont ensuite redescendus avec des connaissances qui se trouvaient aussi dans les lieux et l’un d’entre eux a frappé Clément Méric.

Est-ce un crime politique?

« Laissons la justice établir les faits mais incontestablement, il y a une connotation politique dans ce crime », a déclaré Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur au journal télévisé de France 2 jeudi soir.

Y avait-il volonté de tuer? « Je ne sais pas, je ne le dirai pas, c'est à la justice de le dire », a répondu le ministre. Pour plusieurs responsables de gauche, cette agression s'inscrit dans le contexte des violences lors des manifestations d'opposants au mariage homosexuel ces derniers mois. Harlem Désir, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) a évoqué «Des groupes qui se sont déployés dans la rue, agressant les forces de l'ordre, agressant les journalistes, agressant les manifestants».Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a dit avoir demandé à son gouvernement de trouver les moyens pour «mettre en pièces» les groupuscules d'extrême-droite. Le président de l'UMP Jean-François Copé a lui réclamé la dissolution «des groupuscules extrêmistes - d'extrême gauche, comme d'extrême droite».

Une dissolution de ces groupes est-elle possible?

«Nous ferons tout pour dissoudre ces groupes qui n'ont rien à voir avec les valeurs de la République, mais là encore en respectant les procédures. Nous sommes dans un Etat de droit. Pour dissoudre ce type de groupuscules, il faut établir des faits, il faut des confrontations», a déclaré le ministre de l’ Intérieur jeudi sur France 2.

 Qui était Clément Méric?

Originaire de Brest et étudiant à Sciences Po à Paris, Clément Méric, 18 ans, était un «antifa», un militant antifasciste d'extrême gauche. Ses camarades de Sciences Po décrivent un jeune homme blond, petit, frêle avec un visage poupin. «Clément se relevait d'une leucémie, ce n'était pas un monstre de guerre», ont même précisé des membres d'Action antifasciste Paris Banlieue, groupe auquel il appartenait selon eux. Ce dernier «faisait du terrain, du renseignement, de l'agit-prop». Il avait notamment participé à plusieurs actions pour dénoncer la recrudescence de l’homophobie. Le 17 avril, en marge d'une manifestation de la Manif pour tous, il faisait partie d'un petit groupe d'étudiants brandissant une banderole «L'homophobie tue» et criant «Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos».

Fils de deux professeurs de droit de la faculté de Brest, le jeune homme, qui avait obtenu son bac scientifique avec mention très bien l'an passé, était installé depuis septembre à Paris et habitait dans le 9e. Il était aussi un habitué des tribunes du Stade Bauer, à Saint-Ouen, où évolue le Red Star, rapporte So Foot. Il faisait d'ailleurs partie du kop de Bauer, un groupe de supporters du Red Star connu pour leur engagement antifasciste, qui lui rend hommage dans un communiqué publié sur son site.