Où en est le mouvement skinhead en France en 2013?

SOCIETE Le point sur une mouvance radicale alors que le jeune Clément Méric semble avoir été agressé par des skinheads...

M. Go.

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Illustration d'un tatouage de swastika.
Illustration d'un tatouage de swastika. — LLUIS GENE/AFP

Néonazis, anarchistes, situationnistes, Redskins, apolitiques, crasseux, skins Oï, skins chrétiens, Gabbers… Depuis ses origines à la fin des années 60 puis lors de sa radicalisation politique à la fin des années 70, le milieu skinhead est composé d’une galaxie de groupe aux vêtements similaires (Lonsdale, Fred Perry, Doc Marteens) mais aux orientations politiques très différentes. 

Des divergences qui se sont toujours concrétisées en combats de rue, notamment en France à la fin des années 80 entre la mouvance Redskins (Redwarriors, Ducky Boys, Muddy Fox) et les skinheads d’extrême droite qui tenaient les Halles, Saint Michel, le métro Jacques Bonsergent ou Tolbiac (voir les deux docus qui retracent cette époque, vue par les reds et vue par les autres). Aujourd’hui, alors que la mouvance de la droite radicale compte de 2.000 à 3.000 personnes, on estime à quelques centaines le nombre de vrais skinheads (à ne pas confondre avec tous les crânes rasés qui ne sont pas tous skins). Petit tour d’horizon de la présence skin dans l’univers politique français.

Des bandes isolées

Comme toujours dans l’histoire du mouvement skinhead, de nombreux clans se constituent en dehors de toute influence ou appartenance à un parti. Leur nombre est très difficilement quantifiable et leur profil est très différent. Depuis quelques années,le politologue, spécialiste de la droite radicale, Stéphane François a également remarqué une résurgence de nouveaux groupes dans des régions comme la Picardie, le Nord-Pas-de-Calais, l’Alsace ou Lyon. Selon ce chercheur, ils sont jeunes, issus des classes très populaires et amateurs de musique Gabber, de la techno hardcore. «Ils partagent une haine du patron qui délocalise et de l’immigré qui prend leur travail», explique le politologue. Isolées, ces bandes ne sont pas vraiment recensées.

Les JNR ou Troisième voie de Serge Ayoub

Tout de suite mis en cause après la mort de Clément Méric, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR)  et leur nouveau mouvement Troisième voie sont toujours actifs en France. Il s’agit du principal mouvement politique skinhead de France. Constitués à la fin des années 80, ils sont articulés autour d’un personnage central de la droite radicale en France: Serge Ayoub. Cet homme, issu d’une famille libanaise et porte-parole des skins d’extrême droite depuis trente ans, prône un socialisme fascisant, antimondialisation, anti-immigrés. Il tente de politiser les jeunes skins, parfois plus intéressés par la musique et la défonce, qu’il fait défiler tous les 9 mai. «Il a un talent pour encadrer des jeunes qui sont parfois dans un déficit total de capital culturel. Il leur donne une perspective culturelle», analyse Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite.

Les Sharp

Fondés en 1987 pour lutter contre la dérive raciste du mouvement skin, les Sharp, mouvement internationaliste, (SkinHeads Against Racial Prejudice) connaissent une résurgence à travers le monde et notamment à Paris où un tract a été distribué à partir de 2011. Des concerts ont eu lieu récemment à Paris, notamment à la Cantada, ce qui a donné lieu à des incidents avec des anti-fascites qui les avaient confondus avec des skins d’extrême droite.

Les jeunesses nationalistes 

Emanation du groupuscule royaliste L’œuvre française et portés par le très médiatique Alexandre Gabriac (exclu du FN pour un salut nazi sur une photo publiée sur Facebook), les Jeunesses nationalistes sont un mouvement récent très actif dans la région lyonnaise. Même s’ils adoptent le crâne rasé, on compte très peu de réels skinheads dans les rangs de cette centaine d’activistes qui surfe sur les sujets d’actualité (islam, mariage homo). «Ils s’adressent plus aux gens favorisés, chrétiens en prônant une sorte de pétainisme ou de France version Mussolini», explique Stéphane François. 

Le Bloc identitaire

Fondée par deux anciens skins (notamment son président Fabrice Robert, ancien de Troisième voie), le Bloc est né en 2003 après la dissolution d’Unité radicale. Très moderne dans sa façon de communiquer (Twitter, Facebook, YouTube), les militants du bloc identitaire sont issus de familles plutôt favorisées et s’attaquent surtout à l’islam (comme le néo Gud). Il n’y a quasiment aucun skin dans leurs rangs. «Ils sont moins dans la théorie du complot mais plus modernes. Sans doute aussi plus intellectuels que le mouvance skinhead traditionnelle», explique Nicolas Lebourg.