Qui était Clément Méric ?

AFFAIRE MERIC L’étudiant décédé jeudi après avoir été agressé était un militant très engagé et fervent antifasciste…

avec AFP

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Rassemblement en hommage à Clément Méric mort des suites d'une agression la veille rue Caumartin, le 6 juin 2013.
Rassemblement en hommage à Clément Méric mort des suites d'une agression la veille rue Caumartin, le 6 juin 2013. — VINCENT WARTNER/20MINUTES

Originaire de Brest et étudiant à Sciences Po à Paris, Clément Méric, 18 ans, décédé jeudi au lendemain d'une bagarre violente avec des skins, était un «antifa», un militant antifasciste d'extrême gauche, très engagé dans de multiples causes.

Ses camarades de Sciences Po décrivent un jeune homme blond, petit, frêle avec un visage poupin. «Clément se relevait d'une leucémie, ce n'était pas un monstre de guerre», ont même précisé des membres d'Action antifasciste Paris Banlieue, groupe auquel appartenait selon eux Clément Méric. Ce dernier «faisait du terrain, du renseignement, de l'agit-prop».

«Il portait tout le temps son badge antifasciste», précise un étudiant de première année comme lui. «C'était un militant qui était tout le temps là. Il tractait contre les fascistes, pour le droit des étrangers, pour l'égalité hommes-femmes», ajoute Adrien de 5e année qui le connaissait.

«Très bon élève»

Fils de deux professeurs de droit de la faculté de Brest, le jeune homme, qui avait obtenu son Bac scientifique avec mention très bien l'an passé, était installé depuis septembre à Paris et habitait, d'après le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, dans le IXe arrondissement de la capitale.

«Très bon élève», c'était «un gamin un petit peu rebelle» mais «tout à fait respectueux des règles», d'après son ancien proviseur Jean-Jacques Hillion du lycée de l'Harteloire, dans le centre de Brest, interrogé par l'AFP. Alors qu'il était en classe de seconde, il a été l'un des chefs de file du mouvement contre la réforme du lycée lancée par la droite en 2010, a ajouté ce dernier.

«J'ai le souvenir d'un gamin que j'ai eu plusieurs fois dans mon bureau», se souvient encore le proviseur qui évoque un lycéen «capable de mobiliser ses camarades». Clément militait aussi à Brest à la Confédération nationale du Travail (CNT), mouvement anarcho-syndicaliste.

«Ferme dans ses convictions»

En entrant à Sciences Po, Clément Méric avait rejoint les rangs du syndicat Solidaires, mais n'était adhérent d'aucun parti, d'après plusieurs sources. «Il avait des engagements très divers» antifasciste, anticapitaliste, antihomophobie avec Act-Up au cours des derniers mois, a précisé Claire Cosquer, militante Solidaires Sc-Po.

Il avait notamment participé ces derniers mois à plusieurs actions pour dénoncer la recrudescence de propos homophobes. Le 17 avril, en marge d'une manifestation de la Manif pour tous, il faisait parti d'un petit groupe d'étudiants brandissant une banderole «L'homophobie tue» et criant «Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos». «C'était quelqu'un de ferme dans ses convictions mais il n'était pas agressif. On pouvait s'engueuler en Assemblée générale et le lendemain il disait bonjour normalement», explique Raphaëlle Remy-Lele, une étudiante qui milite à l'Unef et qui l'a fréquenté.

Selon une source policière, il était connu des services spécialisés comme appartenant à un groupe de militants d'extrême gauche qui recherchaient la confrontation avec des militants d'extrême droite, notamment la vingtaine de skins constituant le noyau dur des JNR (Jeunesses nationalistes révolutionnaires, groupuscule radical), avec qui ils «jouaient à cache-cache et se cherchent depuis quelque temps».

«Clément, Clément! Antifa!», ont scandé jeudi en début de soirée, poings tendus, des militants d'extrême gauche, beaucoup vêtus de noir, certains le crâne rasé, un autre le visage masqué, venus sur place rendre hommage à leur «camarade». Outre ses engagements syndicaux et antifascistes, Clément Méric était, d'après ses proches, un amateur de musique, végétalien et anti-spéciste (qui s'oppose à l'exploitation et à la consommation des animaux par les êtres humains). Il était également un fervent supporter de l'équipe de foot du Red Star à Saint-Ouen et un habitué des tribunes du Stade Bauer: le collectif Red Star Bauer, qui rassemble des indépendants très actifs, lui a d'ailleurs rendu hommage jeudi.