Jacques Attali: "Susciter la création de Très Petites Entreprise dans les zones urbaines sensibles"

— 

Interview de Jacques Attali, président de PlaNet Finance, ONG spécialisée dans le microcrédit.

Le 10 octobre, vous avez lancé officiellement « Entreprendre en banlieue », un plan d’action visant à développer l’entreprenariat dans les zones sensibles. Comment est né ce projet ?


Début 2005, PlaNet Finance s’est demandé quelles actions avoir en France. Après avoir rencontré les acteurs du microcrédit et de l’accompagnement (France Active, FIR, ADIE, Boutiques de Gestion, PLIE, etc.), il nous est apparu que tout ce qui existait était très bien, mais ne touchait que trop peu de monde eu égard au taux de chômage dans les banlieues, et surtout ne touchait pas ce public des quartiers qui a une relation difficile à tout ce qui est institutionnel.
« Entreprendre en banlieue » vise à susciter la création de Très Petites Entreprise (TPE) dans les zones urbaines sensibles (ZUS) et répond à des besoins de proximité (ateliers de couture, de réparation, petits restaurants, etc.). Son principe est de créer un réseau national d’associations locales, au sein même des quartiers, les Adam (Associations de Détection et d'Accompagnement de Microentrepreneurs). Confiées à des entrepreneurs issus de ces cités et qui ont réussi, elles doivent sensibiliser les jeunes à la création d’entreprise, les informer et les accompagner jusqu’aux banques, opérateurs de microcrédit, réseaux d’accompagnement, etc.
Le projet est actuellement en démarrage dans cinq sites pilotes : Aulnay-sous-Bois, Sevran, Mantes-La-Jolie, Vénissieux et un dernier, encore à l'étude. L’objectif de chacune des cinq Adam du programme pilote est de conduire 30 porteurs de projets jusqu’au financement, sur une année d’activité.

Cette initiative est-elle une conséquence de la crise des banlieues de l’an dernier?

Nous avions déjà élaboré le projet avant, et commencé la recherche de financements ; la « crise » en a accéléré le déclenchement.

Avez-vous connaissance d'autres projets qui, concrètement et sur le terrain, peuvent favoriser l'emploi des jeunes ?

Il existe de nombreuses initiatives et de nombreux acteurs de la réinsertion, qui font un travail remarquable, mais dont l’impact est encore trop anecdotique par rapport à l’ampleur de la tâche à accomplir. Je pourrais citer le PLIE (Plan Local d’Insertion des Jeunes) pour les jeunes jusqu’à 26 ans, les Chantiers d’insertion, ou d’autres initiatives intéressantes comme Défis Jeunes, Talents des Cités, les Forums de l’Emploi, etc. Le problème est tellement vaste (le taux de chômage des jeunes dans les banlieues se situe à hauteur de 50%) qu’on ne peut le traiter à la légère. Vu les besoins, toutes les initiatives qui vont dans ce sens sont à étudier.

Avez-vous d'autres idées en tête pour permettre aux jeunes d'accéder à l'emploi ?

Oui, j'en ai présenté d'autres par ailleurs, mais je souhaite ici me concentrer sur celle là, là et sa généralisation à la France entière est pour moi une priorité absolue et jouerait un rôle essentiel à la résolution du problème du chômage en France.

Pensez-vous que cette initiative, ajoutée aux autres, peut réellement avoir un effet à long terme ?

Nous démarrons cette initiative à titre expérimental, dans le cadre du Fonds de Cohésion Sociale. Lors des premières évaluations, dans quelques mois, nous serons à même de dire si c’est positif ou non.
Nous souhaitons créer un « courant d’espoir » qui permette à des jeunes des quartiers de se dire qu’il y a des possibilités de créer leur propre revenu et de ne pas dépendre des minima sociaux…. Mohamed Haddou et Moktar Farhat, qui dirigent l’ADAM d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, appellent ça « passer du jogging-casquette au costume-cravate ». C’est d’ailleurs en rencontrant de plus en plus de jeunes venus leur demander conseil qu’ils se sont lancés, de façon plus structurée et professionnelle, dans cette aventure à nos côtés. La dynamique engendrée par la volonté de transmission de ces entrepreneurs / accompagnateurs sera garante de la pérennité du projet.

Recueilli par Marie-Colombe Afota