Meurtre de Laetitia Perrais: Tony Meilhon condamné à la réclusion à perpétuité

JUSTICE Sa peine est assortie de 22 ans de sûreté...

C.C. avec AFP
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Dessin représentant Tony Meilhon durant son procès à Nantes, le 22 mai 2013.
Dessin représentant Tony Meilhon durant son procès à Nantes, le 22 mai 2013. — BENOIT PEYRUCQ/AFP

Le procès de Tony Meilhon, accusé d'avoir tué et démembré Laetitia Perrais en janvier 2011, a connu sa conclusion ce mercredi, épilogue, deux ans et demi après les faits, à une affaire hors norme et cruelle. La cour d'assises de Loire-Atlantique a suivi les réquisitions de l'avocate générale en condamnant le jeune homme à la réclusion à perpétuité avec 22 ans de sûreté, assortie d'une demande de «rétention de sûreté» s'il était jugé dangereux après avoir purgé sa peine. L'accusé, qui avait lui-même réclamé une peine de réclusion à perpétuité pour la mort de la jeune femme bien qu'il affirme l'avoir involontairement tuée, a juste dit: «Merci», avant de quitter la salle.

 

«Ce grand déséquilibré psychopathe n'obéit qu'à sa loi (...), il est intelligent et a mis toutes ses capacités au service de la transgression de la loi et de la morale», avait souligné l'avocate générale Florence Lecoq lors de son réquisitoire, insistant sur «son haut degré de dangerosité» pour réclamer en outre la rétention de sûreté à l'issue de sa peine afin qu'il ne soit pas remis en liberté s'il est encore jugé dangereux.

Tony Meilhon, «inadapté social par choix»

A l'issue du réquisitoire, Tony Meilhon, a semblé éprouvé. Son avocat Me Benbrahim a alors plaidé en protestant contre la thèse de Florence Lecoq selon laquelle son client était un «inadapté social par choix». Me Benbrahim est revenu sur son enfance difficile, entre un père alcoolique violent et une mère elle-même victime d'un inceste, qui se remettra après la séparation avec un beau-père avec lequel Tony ne s'est jamais entendu. Il sera placé en foyer à 11 ans. «Tony Meilhon est devenu psychopathe à cause de tout cela», tous ces éléments sur lesquels «il n'a aucun contrôle», a estimé son avocat.

Me Benbrahim a jugé que les réquisitions de l'avocate générale n'étaient pas «justes», en particulier sa demande de rétention de sûreté, destinée, selon lui, aux «tueurs en série». Après son avocat, Tony Meilhon a exprimé, en pleurant, des regrets: «Je regrette sincèrement ce qui s'est passé, je suis rongé par le remords».

Des intentions suicidaires

Au fil des audiences, des rapports des médecins légistes, des experts en accidentologie, des témoins, les derniers moments de la victime se sont dessinés, malgré quelques zones d'ombres, que l'accusé a refusé d'éclairer. Le 18 janvier 2011, Laetitia Perrais, 18 ans, sort de son service dans un hôtel restaurant de la Bernerie-en-Retz, près de Pornic (Loire-Atlantique). Elle rejoint un homme de 31 ans, Tony Meilhon, sorti de prison en février 2010, qu'elle a rencontré l'après-midi même.

La jeune femme, avec qui la vie n'a pas été tendre, a été placée en foyer avec sa soeur jumelle Jessica à l'âge de 8 ans, puis en famille d'accueil, chez Gilles Patron où elle habite encore, depuis 2005. Laetitia, décrite comme réservée, timide, selon ses proches, est également désespérée, au moment où sa route croise celle de Tony Meilhon. Aucun de ses proches ne le soupçonne et on ne le saura qu'après sa mort et la découverte de lettres testamentaires indiquant clairement des intentions suicidaires.

Une relation intime interrompue

C'est cet état d'esprit, sans doute, qui explique qu'elle ait suivi, à l'encontre de toutes ses habitudes jusque-là, elle qui ne buvait ni ne fumait et ne sortait pratiquement pas, cet inconnu. Ce soir là, elle a bu, elle a fumé un peu de haschich et même sniffé un peu de cocaïne. Elle a suivi Tony Meilhon au bar «le Barbe Blues», assisté à une bagarre d'ivrognes, puis dans un autre bar à Pornic, bu du champagne.

Puis Tony Meilhon l'a emmenée dans sa voiture au lieu-dit «Le Casse-pot» où il habitait, sur une commune voisine. Ils y auraient eu, selon lui, un relation intime interrompue précocement du fait de la jeune femme, ce qui fâche Tony Meilhon, qui insiste. Et pourtant il l'a raccompagnée jusqu'à son scooter, à la Bernerie-en-Retz. Et tout a basculé.

Le viol non prouvé

Faisant demi-tour, feux éteints à minuit, l'homme a changé d'avis. Tony Meilhon affirme avoir voulu rapporter une paire de gants. Mais Laetitia aurait aussi pu lui annoncer son intention de porter plainte pour ce qui venait de se passer entre eux. Peu après 1 heure du matin, son scooter est percuté, légèrement, à quelques dizaines de mètres de l'entrée de sa maison.

Laetitia est blessée au mollet, selon les experts qui affirment que si elle s'est alors évanouie, ce ne peut avoir été que «quelques secondes». Tony Meilhon, lui, affirme que l'accident était involontaire, qu'il l'a crue morte, puis a voulu déguiser sa mort en meurtre. En l'étranglant et la poignardant plus de 40 fois. De même, il affirme avoir fait appel à un tiers, «Monsieur X», pour la démembrer. Aucune place pour celui-ci dans l'instruction de deux ans et demi.

Le corps de Laetitia sera retrouvé dans deux étangs, le 1er février 2011 puis le 9 avril suivant. Le viol n'a pas été prouvé. «L'affaire» Laetitia a été amplifiée par l'intervention du chef de l'Etat Nicolas Sarkozy qui, mettant en cause le suivi judiciaire selon lui défaillant de Tony Meilhon, avait déclenché, début février 2011, une fronde sans précédent des tribunaux français.