Mafia géorgienne: «Elle est plus étendue que ce qu'on soupçonnait»

POLICE Après le coup de filet de ce mardi dans les réseaux géorgiens, «20 Minutes» passe au peigne fin cette criminalité organisée avec François-Xavier Masson, commissaire divisionnaire spécialiste de la question...

Propos recueillis par William Molinié

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La police espagnole a interpellé des membres de la mafia géorgienne et saisi de l'argent en liquide en mars 2010.
La police espagnole a interpellé des membres de la mafia géorgienne et saisi de l'argent en liquide en mars 2010. — HO / SPANISH POLICE / AFP

Plus de quarante personnes soupçonnées d’appartenir à la mafia géorgienne ont été interpellées ce mardi par les policiers. Ce groupe criminel très structuré s’implante en France depuis quelques années. Cambriolages, racket, vols, escroquerie à la carte bleue… Ces «petits délits» génèrent à force des gains importants. «20 Minutes» fait le point avec François-Xavier Masson, commissaire divisionnaire à la direction centrale de la police judiciaire et patron du Service d’information, de renseignements et d’analyse statistique sur la criminalité organisée (Sirasco).

Qu’appelle-t-on la mafia géorgienne ?

C’est une structure pyramidale qui vient de Géorgie. On l’a vu apparaître en France dans le courant des années 2000. Elle est depuis quelques années en phase plus offensive. Ou tout du moins plus active et beaucoup plus visible sur notre territoire. La mafia géorgienne fait partie des groupes criminels russophones au sens large. Ils ont donc leur tête en Géorgie. Il y a deux grands clans. Celui de Tbilissi et de Kutaisi, du nom de deux villes de Géorgie.

Il semblerait qu’ils soient extrêmement bien structurés…

Effectivement, ces deux clans ont des représentants nationaux sur leur territoire qui eux-mêmes supervisent des régionaux et des hommes de troupe. La structure est puissante en Géorgie. Ils sont assez craints. La structure géorgienne est décalquée en France (ou La structure française est calquée sur l’organisation géorgienne). A la tête, un responsable national, appelé «un voleur dans la loi». C’est le cas dans l’affaire qui a été démantelée aujourd’hui. Il y a ensuite des têtes de ponts qui eux-mêmes dirigent des équipes de voleurs au niveau local.

Pourquoi se sont-ils installés en France?

Parce que c’était un terrain un peu vierge. Et qu’il y a moins de choses à voler en Géorgie qu’en France, très clairement. Ils se signalent surtout sur notre territoire par des implications essentiellement de délinquance d’appropriation, cambriolages, vols à la tire, le trafic de cigarettes… L’Europe de l’Ouest toute entière est concernée.

Pourquoi les «voleurs dans la loi» sont-ils partis de Géorgie?

Depuis une loi de 2005, la Russie et la Géorgie ont adopté des législations assez coercitives. Le simple fait de participer à une organisation criminelle répertoriée comme telle est désormais une infraction. La répression s’est accrue. Du coup, beaucoup d’entre eux se sont exportés vers des terrains où la concurrence était moins forte, d’où leur présence visible dans nos campagnes.

Combien sont-ils dans l’Hexagone?

On ne sait pas. C’est difficile à dire. Nous savons simplement que les mises en cause augmentent. Mais la police s’y intéresse. Depuis la création du Sirasco, c’est devenu une priorité. Eux sont devenus beaucoup plus visibles, donc on a plus d’occasions de les interpeller. Leur géographie criminelle est le bassin parisien un peu élargi, la Bretagne, l’Est et autour de la Gironde. Mais on s’aperçoit que dans le coup de filet de ce mardi, il y avait des relais dans des villes moyennes. Je pense que c’est donc plus étendu que ce qu’on soupçonnait au début.

Viennent-ils en famille en France ?

Ce n’est pas comme les Roumains. Les équipes de voleurs qui arrivent en France repartent ensuite. Le premier stade, c’est: “J’opère par raids depuis la Géorgie.” Le deuxième, c’est “j’ai un relais en France, du coup, j’ai de la logistique”. On en est actuellement à ce deuxième stade. Ensuite, est-ce qu’ils s’installent définitivement sur notre territoire ou repartent-ils? C’est une question à creuser. On sait simplement que l’argent repart en Géorgie ou en Belgique où ils ont des affaires de recels et où ils peuvent s’associer avec d’autres clans.

Une fois interpellés, sont-ils jugés en France?

Oui. Ils sont traités comme on traiterait des cambrioleurs chez nous.

Font-ils l’objet d’un signalement aux autorités géorgiennes?

Non, pas spécialement. Car le niveau de coopération avec la Géorgie n’est tout simplement pas très élevé.

Devant le juge, la qualification de «bande organisée» est-elle retenue ?

De temps en temps, mais ce n’est pas systématique. En revanche, je peux vous dire que, sur cette affaire, elle va être retenue. C’est certain.