Pourquoi le cancer de la gorge lié au papillomavirus se soigne mieux

SANTE Michael Douglas en rémission d'un cancer de la gorge affirme que c'est le cunnilingus qui a provoqué sa maladie mais aussi qui l'a guérie...

Alexandra Luthereau

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 Michael Douglas au festival de Cannes, mai 2012
 Michael Douglas au festival de Cannes, mai 2012 — Gao Jing/NEWSCOM/SIPA

«Si vous attrapez ce cancer, le cunnilingus est aussi le meilleur remède pour se soigner» a affirmé ce weekend au Guardian, Michael Douglas, en rémission d’un cancer de la gorge lié à sa contamination au papillome humain par cunnilingus.

Des patients généralement plus jeunes

«Scientifiquement, cette assertion n’a pas de sens. Aucune pratique sexuelle ne peut guérir un cancer» affirme le docteur Philippe Gorphe, chirurgien ORL à l’institut Gustave Roussy (Val-de-Marne). En revanche «les cancers ORL de type HPV ont un meilleur pronostic de guérison que les cancers ORL liés au tabac et à l’alcool».
 
Cette différence entre les deux types de cancers pourrait s’expliquer par le fait que les patients du cancer type HPV sont généralement plus jeunes et donc supporteraient mieux la chimiothérapie et la radiothérapiques. Ces jeunes patients ont aussi moins de risques de développer un second cancer dans une autre zone. Enfin ce type de cancer ORL est très radiosensible et réagit favorablement.
 

Mais une augmentation des cas

Mais parallèlement «depuis une vingtaine d’année, le nombre cas de cancers lié au HPV est en augmentation avec une féminisation des cancers ORL», explique le docteur Philippe Gorphe. Aujourd’hui entre 60 et 65% des cancers ORL en France sont de type HPV, ceux liés au tabac et à l’alcool représentent environ 40%. «Cette augmentation s’explique par un changement dans les pratiques sexuelles, avec une explosion de la sexualité orale, notamment chez les jeunes», analyse le chirurgien.
 
Aussi plutôt que le guérir, il vaudrait mieux le prévenir. Pour cela, deux voies sont possibles. La première consisterait en la modification des pratiques sexuelles c’est dire l’utilisation de préservatif ou l’abandon du sexe oral pour éviter la transmission par fellation ou cunnilingus, mais «c’est très compliqué» admet le Dr Philippe Gorphe. L’autre option reste la vaccination pour les jeunes filles et les jeunes hommes, avant leurs premières relations sexuelles.
 

Prévention

En France, seules 29,9% des jeunes filles entre 15 et 17 ans étaient correctement vaccinées en 2011 contre le papillomavirus, selon l’institut de veille sanitaire (InVS) malgré les campagnes de prévention lancées ces dernières années par les autorités publiques. Ce vaccin n’est pas obligatoire mais recommandé à partir de 14 ans pour les jeunes filles (âge ramené à partir de 11 ans dans le nouveau calendrier vaccinal 2013). En revanche pas de recommandation pour les jeunes hommes. Et pourtant, ce vaccin injecté chez tous les adolescents les protégeraient d’une contamination aux types de papillomavirus liés aux cancers du col de l’utérus, de l’anus et de la gorge.