La police se fait aussi rappeler à l'ordre

©2006 20 minutes

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Des policiers ont été agressés par une trentaine de jeunes, dans la nuit de vendredi à samedi à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), et l'un d'eux, blessé, a été hospitalisé, a-t-on appris samedi de source policière à Paris.
Des policiers ont été agressés par une trentaine de jeunes, dans la nuit de vendredi à samedi à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), et l'un d'eux, blessé, a été hospitalisé, a-t-on appris samedi de source policière à Paris. — Pierre Andrieu AFP/Archives

Pour une fois, tout le monde est à peu près d'accord. Les rapports entre les habitants des banlieues et les autorités ont empiré depuis les émeutes de 2005. Première visée, la police, souvent la seule autorité visible dans les quartiers sensibles.Né à Clichy-sous-Bois en novembre 2005, le collectif AClefeu a sillonné la France entre avril et juin à bord d'un minibus pour recueillir la parole de milliers de Français sur leur vie quotidienne. Un des principaux enseignements du « cahier de doléances » rédigé sur la base de ces témoignages est le malaise entre les forces de l'ordre et la population, particulièrement dans les quartiers sensibles. Les contrôles policiers sont très souvent mal perçus en banlieue. Entre autres témoignages, on peut notamment lire : « Les jeunes aimeraient pouvoir marcher (...) sans se faire contrôler par la police sans aucun motif valable ».

Sur le terrain, pas une conversation sans que soit évoqué le comportement des policiers lors des contrôles d'identité. A Villepinte (Seine-Saint-Denis), un jeune confiait à 20 Minutes : « Ils nous tutoient comme si on était leurs fils. » Idem à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne). « On n'en veut plus ici, ils veulent pas parler avec nous, donc nous on veut pas parler avec eux. » Cette aggravation est constatée des deux côtés. Chez les policiers, on reconnaît que la situation s'est dégradée (lire ci-dessous) et que leur simple présence dans certaines cités peut entraîner un dérapage. Selon AClefeu, il y a néanmoins « une grosse demande de rétablissement de la police de proximité ».

D'autres figures de l'autorité telles que les parents, les enseignants et les personnels médicaux connaissent aussi des difficultés en banlieue. « Les problèmes vécus en Ile-de-France sont partout. Il y a un même ras-le-bol », souligne Mehdi Bigaderne, membre d'AClefeu. C'est pour cette raison que le collectif doit remettre aujourd'hui au Sénat et à l'Assemblée son cahier de doléances. Problème, alors que ses représentants souhaitaient être reçus par un membre de chaque groupe politique et par le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré, ce dernier a demandé la semaine dernière que soit remis le cahier au « planton » en poste à l'entrée du Parlement.

Arnaud Sagnard