Dominique Bertinotti: «Rendre la politique familiale plus juste»

INTERVIEW Dominique Bertinotti, ministre de la famille revient sur les enjeux de la réforme de la politique familiale qui sera annoncée ce lundi…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, le 5 novembre 2012.
Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, le 5 novembre 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Pourquoi vous attaquer à une réforme aussi sensible que celle des allocations familiales alors que vous venez à peine de clore le chapitre houleux du mariage pour tous?

Parce qu’il en va de la pérennité de notre politique familiale. La branche famille de la Sécurité sociale présente un déficit de 2,6 milliards d’euros, nous devons impérativement le réduire.

Quelle piste sera privilégiée par François Hollande?

L’arbitrage du gouvernement sera dévoilé lundi matin par Jean-Marc Ayrault. Quel que soit le scenario retenu, l’objectif est de rendre la  politique familiale plus juste. Car celle qui a été menée jusqu’à aujourd’hui bénéficie davantage aux ménages les plus aisés qu’aux plus modestes. Avec le système actuel de quotient familial, plus un ménage paye d’impôts, plus il a droit à des réductions.

Cette réforme ne va-t-elle pas accroitre la pression sur les classes moyennes?

Non car seuls seront concernés 10 à 15% des foyers les plus aisés qui gagnent plus de 6.000 euros net par mois. Je rappelle que le salaire médian en France est de 1.620 euros net par salarié.

Ces mesures seront-elles conjoncturelles ou pérennes?

Elles seront pérennes. Mais si un jour, la branche famille est excendaire, d’autres aides aux familles pourront être décidées.

Ne pensez-vous qu’elles risquent d’affecter le consentement à l’impôt des plus aisés?

Non, car les Français savent que la force de notre modèle social repose sur la solidarité. Par ailleurs, le gouvernement annoncera lundi le développement des services qui bénéficieront à toutes les familles, aisées ou non. L’objectif est que dans les 5 ans qui viennent, une place d’accueil (en crèche ou auprès d’une assistante maternelle) soit effectivement accessible pour tout enfant de moins de trois ans. Nous allons aussi développer les soutiens à la parentalité (groupes de paroles des parents, aide psychologique…) et l’accueil à l’école des enfants de moins de trois ans.

Que répondez-vous à ceux qui croient que cette réforme, combinée avec la crise pourrait avoir un impact sur la natalité?

C’est une vision de l’après-seconde guerre mondiale! Aujourd’hui, on sait que les couples décident d’avoir un enfant certes, parce qu’il y a des prestations sociales, mais davantage parce qu’ils pourront faire garder leur enfant.

La prime de naissance et la paje (prestation d'accueil du jeune enfant) seront-elles aussi rabotées?

La prime de naissance est identique pour le premier ou le second enfant. Or, si pour la naissance d’un premier enfant engendre beaucoup de frais d’équipement, il n’en est pas de même pour le second. Du coup, la question se pose: faut-il que cette prime soit aussi conséquente? Par ailleurs, les mesures portant sur l’allocation de base de la Paje ne devraient concerner que ses bénéficiaires les plus aisés.