A la recherche de l'Oiseau Blanc: «C’est un véritable roman policier!»

HISTOIRE – Minutieux et patient assembleur d’un puzzle sans fin, l’historien Bernard Decré explore les fonds marins de Saint-Pierre-et-Miquelon, les témoignages de ses habitants mais aussi tous les documents qui pourraient le mettre sur une piste pour percer le mystère de la disparition de l’Oiseau Blanc…

Oihana Gabriel, à Saint-Pierre-et-Miquelon

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L'historien Bernard Decré, passionné d'aviation, recherche, avec le Zéphyr et grâce aux témoignages des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, des indices sur le sort de l'Oiseau Blanc, le 31 mai 2013.
L'historien Bernard Decré, passionné d'aviation, recherche, avec le Zéphyr et grâce aux témoignages des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon, des indices sur le sort de l'Oiseau Blanc, le 31 mai 2013. — O. GABRIEL

Bernard Decré se décrit lui-même comme têtu. Et il faut bien de la patience et une force de conviction incroyable pour tenter de percer à jour le mystère vieux de 86 ans de la disparition de l'Oiseau Blanc... Et d'embarquer dans son sillage équipes techniques, pilotes et le groupe Safran. Alors qu'il dirige sa troisième campagne d'envergure (il en compte cinq en tout) de recherche dans les eaux froides de Saint-Pierre-et-Milquelon, l'historien fait le point sur ses découvertes.

Comment a commencé cette folle aventure à la recherche d’un avion perdu?

Je me suis lancé en 2006. Ma fille m’avait offert pour Noël un livre sur les chercheurs d’épaves, avec vingt pages sur L’Oiseau Blanc, en me disant «je ne sais pas si ça va t’intéresser». Elle n’imaginait pas que j’allais passer 40h par semaine sur cette recherche. En 2008, je suis venu à Saint-Pierre-et-Miquelon grâce aux élus. J’ai découvert dans les archives paroissiales des témoignages de la découverte d’ailerons d’avion. C’est une drogue, je me lève la nuit à 3h du matin en y pensant. Méfiez-vous de vos cadeaux de noël…

Il y a eu de nombreuses hypothèses sur la disparition de l’Oiseau Blanc, où en êtes-vous de vos découvertes?

Nous n’avons pas retrouvé le moteur, qui a pu être déplacé par les chaluts. Mais l’année dernière, nous avons repéré grâce au sonar une forme qui pourrait être le support des trois réservoirs à 50 m de fond. On est repassé dessus cette année encore. On va tâcher d’avoir une commission d’ingénieurs pour qu’ils nous aident à accélérer. Il faut se rappeler que nous étions à l’époque de la prohibition et que Saint-Pierre-et-Miquelon était le plus gros duty-free shop, où Al Capone venait… Regardez tous ces hangars avec des murs bétonnés, ce n’était pas pour garder de la morue! Je crois que quelqu’un a pu tirer sur l’Oiseau Blanc, soit un bootlegger pensant que c’était des gardes-côtes, ou à l’inverse des gardes qui ont pris Nungesser et Coli pour des trafiquants…

Comment les habitants de cette île vous ont-ils aidé?

Les témoignages affluent, c’est formidable! Nous avons retrouvé des récits de Saint-Pierrais qui disent avoir entendu ou vu l’avion vers 7h30 du matin le 9 mai 1927. Une dame âgée parlait de «deux mouettes l’une sur l’autre avec un drôle de bruit…» Après 36 heures de vol, ils n’ont plus que 100 litres d’essence et font face à une nuit de cauchemar avec le brouillard. Et puis il y a le récit du pêcheur Jean-Marie Le Chevallier, qui assure que son labrador hurle à la mort –les animaux ne mentent pas- et entend des hommes crier. D’ailleurs, je fouille tous les cimetières du coin. Et en même temps, je dois faire le tour des antiquaires de Portland qui auraient récupéré le tableau de bord… C’est un véritable roman policier!

Est-ce que pour vous, c’est sûr, Nungesser et Coli ont été les premiers à traverser l’Atlantique en avion?

A 100%. Enfin, qu’ils ont été les premiers à voler depuis le Bourget jusqu’au continent américain. Des bouts d’ailerons ont été retrouvés en mars 1928 à Miquelon, des gardes-côtes parlent dans des télégrammes de bouts d’ailes retrouvés, je cherche d’ailleurs dans quel entrepôt ces ailes ont été gardées. J’ai rayé hypothèse par hypothèse et bénéficié d’excellents enquêteurs avant moi.

Le petit-fils de Charles Lindbergh est venu avec vous jusqu’à Saint-Pierre-et-Miquelon rendre hommage aux deux aviateurs français…

Erik Lindbergh m’a encouragé dans mes recherches. On essaie de répondre à la question que son grand-père a posée dès son arrivée: «Où sont Nungesser et Coli?» En plus de devenir un héros mondial, Charles Lindbergh a réussi à être un diplomate incroyable entre nos deux pays. Je me demande si la France n’a pas évité de pousser trop loin l’enquête pour des raisons diplomatiques…

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