Cérémonie du souvenir pour deux aventuriers au mystère entier

Oihana Gabriel, à Saint-Pierre-et-Miquelon

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Bernard Decré, Eric Lindbergh et Jean-Paul Herteman ont rendu hommage à Nungesser et Coli vendredi 31 mai en lançant une gerbe de fleur au large de Saint-Pierre-et-Miquelon.
 

 
Bernard Decré, Eric Lindbergh et Jean-Paul Herteman ont rendu hommage à Nungesser et Coli vendredi 31 mai en lançant une gerbe de fleur au large de Saint-Pierre-et-Miquelon.   — O. Gabriel/20Minutes

De notre envoyée spéciale à St-Pierre-et-Miquelon

Une gerbe de fleurs qui vogue sur les vagues, quelques cornes de brumes qui retentissent en même temps de cinq bateaux pour un hommage tout en retenue. Ce vendredi, à 11h45, Bernard Decré, Eric Lindbergh, petit-fils de Charles Lindbergh et le président de Safran ont déposé sur l’eau, au large de l’île de Saint-Pierre-et-Miquelon, quelques fleurs pour rendre hommage à Nungesser et Coli, deux aviateurs français qui ont disparu avec L'Oiseau Blanc, alors qu’ils relevaient le pari fou de traverser l’Atlantique sans escale en biplan.

«C’est le brouillard le fautif»

«On a prévu pour ce matin le temps exact qu’il faisait le 9 mai 1927…», ironise le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en accueillant les invités venus rendre hommage à Nungesser et Coli sur cette petite île française. Car au-delà des hypothèses les plus extravagantes sur le destin malheureux de L’Oiseau Blanc et son équipage, Bernard Decré en est persuadé: «C’est le brouillard le fautif.» Dans un épais brouillard, l’historien présente l’équipe avec laquelle il sonde les profondeurs marines à la recherche d’indices sur le sort des deux aviateurs disparus…
 

Une fouille minutieuse, «terrain de football par terrain de football»

Le Zéphyr parcourt «terrain de football par terrain de football» depuis deux semaines environ les quelques km2 dans lesquels pourrait se cacher le moteur Lorraine de L’Oiseau-Blanc. Le bateau traîne ainsi sonar et magnétomètre pour vérifier que le sable ne recouvre pas quelque morceau dissimulé du célèbre coucou. «A l’aide du sonar, on balaie 100m en faisant une photo radiographique du sol marin, explique Sébastien Goguet, aux commandes du sonar du Zéphyr. La roche est en général arrondie donc si on aperçoit une forme rectiligne, on vérifie grâce au magnétomètre qu’il y a de l’acier.»
 
Cette troisième campagne d’envergure, qui s’achèvera le 7 juin, n’a pas encore permis de découvrir le fameux moteur. Et la météo n’a pas permis à l’équipage de sortir chaque jour. «Dès qu’il y a de la houle, le sonar répercute les mouvements et diffuse des images déformées, précise Pierre Lenormand, commandant du Zéphyr. «On est là pour y croire, mais la mer est grande et le moteur, tout petit, a pu être chaluté des dizaines de fois…»
 

Des fous devenus pilotes

Peu avant de participer à cette cérémonie du souvenir, Erik Lindbergh, pilote lui aussi, évoque ce grand-père qu’il n’a connu que jusqu’à ses 9 ans, mais qui a marqué l’histoire. «En tant que pilote, je dois apprendre et comprendre ce qu’il est arrivé à ces hommes qui ont risqué leur vie pour le futur. Mon grand-père a été prudent, et chanceux. Dès qu’il est arrivé à Paris, au Bourget, il a demandé des nouvelles de Nungesser et Coli… Sans doute un peu inquiet à cause de l’argent [le milliardaire Raymond Orteig avait promis un prix de 25.000 dollars au premier aviateur qui effectuerait un vol transatlantique sans escale entre Paris et New York], mais aussi parce qu’il espérait qu’ils soient en vie. A l’époque, le public nommait ces hommes des fous, après ces vols, ils devinrent des pilotes. Et très rapidement les vols commerciaux au-dessus de l’Atlantique se sont développés…»
 
Erik, pour rendre hommage à ces aventuriers américains comme français, n’est pas venu seul. Mais avec son fils, Gus, qui fêtait justement ses 13 ans ce vendredi 31 mai. «C’est excitant et intéressant. Beaucoup de gens connaissent mon nom mais ne savent pas pourquoi Charles Lindbergh est connu. Maintenant je sais aussi qui étaient Nungesser et Coli, c’est important de se rappeler d’eux.»

 

En 2002, Erik a relevé le même pari que son grand-père en traversant l’Atlantique seul et sans escale, de New-York à Paris. «Mais en 16h, soit deux fois moins de temps», sourit le pilote, qui,pour cette traversée, arborait sur la poitrine l'emblême de Nungesser, un cœur à tête de mort.