La salle de shoot se fixe au 39 boulevard de la Chapelle

Mathieu Gruel

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Installation d'une salle de shoot pour la consommation de stupéfiants (cocaine, crack, heroine, métadone) dans un ancien local SNCF boulevard de La Chapelle à Paris, le 30 mai 2013.
Installation d'une salle de shoot pour la consommation de stupéfiants (cocaine, crack, heroine, métadone) dans un ancien local SNCF boulevard de La Chapelle à Paris, le 30 mai 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

L'adresse est discrète, mais elle risque de faire parler. Au 39 boulevard de la Villette (10e), un terrain SNCF situé en contrebas, non loin de la gare du Nord, va accueillir la première salle de consommation de drogue en France. «Oui, la salle s'implantera ici», confirme Rémi Féraud, le maire de l'arrondissement. Avec Myriam El Khomri, adjointe à la sécurité du Maire de Paris, ils sont venus sur place, ce jeudi en fin de matinée, pour présenter le site de cette expérimentation prévue pour durer trois ans.

>> C'est quoi une salle de shoot? La réponse par ici

Après avoir franchi la grille qui bloque l'entrée, quelques mètres de marche permettent de rallier le lieu où se trouvent des bâtiments préfabriqués d'une surface de 200m2. «Nous avançons dans le montage du projet», détaille Rémi Féraud. Reste encore à signer la convention entre la mairie et la SNCF, et à déposer le permis de construire pour pouvoir aménager le terrain et deux accès au site.

Ouverture probable à l’automne

L'un sera réservé aux salariés de la SNCF et l’autre aux toxicomanes. L’accueil de ces derniers se fera alors dans les installations en préfabriquées. «Nous nous sommes basés sur le modèle de ce qui se fait à Genève, avec des Algéco suffisamment beaux et grands», souligne Rémi Féraud. Un type de construction «qui permet une mise en place rapide», souligne Myriam El Khomri. Le lieu pourrait ainsi ouvrir «dans un délai raisonnable, peut-être à l'automne», estime le maire de l'arrondissement.

A terme, les installations qui seront gérées par l'association Gaïa devrait permettre d'accueillir une vingtaine de personnes en même temps. Et peut-être «une centaine par jour, avec certainement une montée en puissance», détaille Rémi Féraud, qui espère que l'expérimentation, au «double objectif de sécurité et de santé publique, sera concluante».

Le lieu, considéré par l'ensemble des partenaires comme le plus adapté, est «suffisamment éloigné des lieux d'habitation, des écoles et des commerces», souligne le maire. Il devrait également bénéficier de la «mise en place d'un dispositif policier fidélisé au quartier, pour éviter le deal autour du lieu», détaille Myriam El Khomri.

Cage d’escalier

Sauf que certains riverains craignent pour l'image de leur quartier. «Ça va nous faire du tort, pourquoi ne pas les installer dans le 16e?», grogne un passant. Serge Federbusch, élu UMP du 10e et opposant au projet, craint de son côté que le lieu ne crée un «appel d'air», dans «un quartier avec déjà beaucoup de trafic».

Dans un immeuble voisin, d’où quelques résidents auront vu plongeante sur les lieux, certains accueillent pourtant la nouvelle avec bienveillance. «Il fallait bien faire quelque chose», explique un voisin. «Je préfère qu'ils aillent là-bas que dans ma cage d'escalier».