Affaire Bettencourt: Le juge Gentil mis en cause

Vincent Vanthighem
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Le juge Jean-Michel Gentil à Bordeaux, le 19 février 2013.
Le juge Jean-Michel Gentil à Bordeaux, le 19 février 2013. — AFP PHOTO/ PATRICK BERNARD

Le juge Jean-Michel Gentil a-t-il instruit le dossier Bettencourt en toute indépendance? Le Parisien révèle, dans son édition de ce jeudi, que le magistrat instructeur chargé d’enquêter sur des soupçons «d’abus de faiblesse» est en fait un proche de l’un des médecins qui a examiné l’héritière de l’empire L’Oréal. Nommée par Jean-Michel Gentil, le professeur Sophie Gromb, médecin légiste de formation, aurait ainsi été son témoin de mariage en 2007, assure le quotidien.

 Interrogée par Le Parisien, Sophie Gromb a refusé de répondre à cette question: «Cela relève de la vie privée des gens, je ne vous répondrai pas», a-t-elle indiqué, se contentant d’expliquer que le juge Gentil est «un type bien».

L’avocat de Sarkozy envisage des suites judiciaires

Cela pourrait être un nouveau rebondissement dans cette affaire tentaculaire dans laquelle une dizaine de personnes sont mises en examen, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy. Et bien évidemment, les avocats de la défense fourbissent déjà leurs armes. «Il appartiendra au procureur de la République de vérifier ces informations, indique ainsi Thierry Herzog, avocat «stupéfait» et «effaré» de l’ancien chef de l’Etat dans les colonnes du quotidien. Si elles étaient confirmées, nous envisagerons avec l’ensemble des confrères, des initiatives judiciaires.»

Dans un communiqué diffusé en début d'après-midi, les avocats, notamment de Nicolas  Sarkozy, Eric Woerth, Patrick de Maistre et François-Marie Banier,  Stéphane Courbit et Pascal Wilhelm insistent, indiquant que «les liens de proximité  anciens et très étroits» révélés par le Parisien entre Sophie Gromb et  le couple Gentil «caractérisent un conflit d'intérêts manifeste qui  jette la suspicion sur l'impartialité de l'expertise sur laquelle repose  la procédure d'instruction». Ils estiment «qu'il appartient désormais»  au Procureur de Bordeaux «de tirer toutes les conséquences de ces  atteintes aux droits de la défense et au droit au procès équitable qui a  entravé la manifestation de la vérité».

«Un vrai problème de partialité du juge»

Christophe Ingrain, conseil de Stéphane Courbit également mis en cause dans ce dossier, renchérit: «Cela pose un vrai problème de partialité du juge, confie-t-il. Les experts, cela ne manque pas. Aller chercher un proche dans un dossier aussi sensible, c’est tout bonnement impensable.»

Il est vrai que toute l’affaire Bettencourt repose aujourd’hui sur l’expertise médicale qui affirme que l’héritière de l’empire L’Oréal souffre de «démence mixte» et de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années et que, par conséquent, certains auraient pu abuser de sa faiblesse. Si les liens entre le juge Gentil et le professeur Gromb étaient confirmés, le magistrat pourrait être dessaisi du dossier.