L’agresseur présumé de La Défense était connu des services de police

TERRORISME Selon un document que s’est procuré lemonde.fr...

Matthieu Goar

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Un homme a été interpellé le 26 mai à La Verrière dans  les Yvelines dans l'enquête sur l'agression au cutter d'un militaire à la Défense.
Un homme a été interpellé le 26 mai à La Verrière dans les Yvelines dans l'enquête sur l'agression au cutter d'un militaire à la Défense. — ERIC FEFERBERG / AFP

L’agresseur présumé du militaire de la Défense, arrêté mercredi matin, était-il connu des services de renseignement? Selon lemonde.fr, la réponse est oui. Le site Internet s’est procuré une note de la sous-direction de l'information générale (Sdig, chargée du suivi de l'islam). Ce document, daté du 20 février et rédigé par la Sdig des Yvelines, indique que l’homme a effectué un voyage au Maroc et qu’il serait en train de «se radicaliser». «Mais les destinataires, et en particulier le bureau de liaison avec la direction centrale du renseignement intérieur [DCRI, chargée des radicaux), n'ont pas donné suite», écrit lemonde.fr. L’existence de ce document a été confirmée à 20 Minutes par une source policière.

Prières de rue et scandale près d'un arrêt de bus

«Oui, il y a eu une note pour différents incidents. Mais il était surveillé comme fondamentaliste et non pas comme djihadiste. Il a visiblement évolué récemment», confie cette source. La dérive présumée vers un islamisme radical du suspect daterait de l’année 2009. En juillet, il est contrôlé lors de prières de rue à Maurepas (Yvelines), avec deux coreligionnaires plus âgés, originaires de Trappes, comme lui.

La Sdig des Yvelines continue ensuite à s’intéresser à lui. En 2011, il se présente à la mission locale mais exige «de ne pas travailler avec des femmes». En mai 2012, il attire l'attention des policiers municipaux de Guyancourt (Yvelines) pour son «comportement» près d’un arrêt de bus. «Revêtu de la tenue traditionnelle (djellaba, foulard à damier blanc et rouge, longue barbe et cheveux couverts par un bonnet», l’homme cherche à éviter les femmes qui attendent déjà là et crée un scandale. L’homme se vante aussi d’avoir fait plusieurs voyages à l’étranger, sans que la note n’indique les destinations de ces voyages.

Le contexte de la réforme du renseignement

L'usage veut que ce genre d'informations soit transmis aussi à la DCRI via un bureau de liaison existant entre les deux services de renseignement. Selon la source contactée par 20 Minutes, la note a été transmise mais l’homme n’était pas alors placé sur la liste des «djihadistes». «Il y a des milliers de fondamentalistes» sur le territoire «mais ils ne sont pas tous djihadistes», poursuit notre informateur, qui explique qu'au moins 500 notes de ce type ont été transmises à la DCRI depuis le début de l'année. «L’enquête est en cours, il faut encore être prudent.»

Ce développement de l’affaire est à replacer dans le contexte de la réforme du renseignement que veut mener à bien le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. L’affaire Mohamed Merah avait montré des dysfonctionnements dans l’organisation. Selon une mission parlementaire qui travaille sur le sujet, la Sdig, créée en 2008 et dont les 1.900 policiers travaillent sur les faits de société au niveau local, se sent «méprisée» par la DCRI, où sont partis la plupart des officiers des RG. La DCRI est plus particulièrement spécialisée dans le terrorisme et de contre-espionnage. La mission évoque un «malaise persistant» entre les services.