Les détenus de Fleury encouragés à poursuivre des études supérieures

Oihana Gabriel

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Certains détenus, notamment de Fleury-Mérogis, suivent des cours pendant leur incarcération.
Certains détenus, notamment de Fleury-Mérogis, suivent des cours pendant leur incarcération. — CRIDF

«L’école, ça n’a jamais été pour moi!», certifie Pierre* dans une atypique salle de classe. Ce bientôt trentenaire a pourtant obtenu son diplôme d’accès aux études supérieures (DAEU) l’an passé… en révisant dans sa cellule de Fleury-Mérogis (Essonne). «Si on m’avait dit un jour que je ferais la tête quand c’est les vacances…», reprend le détenu qui ambitionne de poursuivre des études d’histoire à l’université.

C’est avec un grand sourire que l’intéressé apprend mercredi matin dans le centre scolaire qu’il pourrait bénéficier du nouveau dispositif financé par la région à la rentrée prochaine. Entre 60 et 100 détenus, sélectionnés, pourront bénéficier d’un coup de pouce pécunier, avec une bourse de 200 euros par mois et des frais d’inscription gratuits, et matériel, livres, ordinateurs et autres logiciels. Si cette bourse peut étonner, l’administration pénitentiaire rappelle leurs besoins pour le «cantinage», de quoi améliorer leur quotidien. Beaucoup préfèrent travailler plutôt qu’étudier pour se permettre quelques achats. «Quand on est seul et dans l’impossibilité de travailler, il faut se limiter, avoue Pierre, qui reçoit de sa mère entre 100 et 200 euros par mois. Et j’ai la chance de ne pas fumer!» 

«Je travaille sur le frigo»

Autre avantage pour les plus studieux: obtenir un ordinateur, avec accès à Internet limité pour des raisons évidentes de sécurité mais aussi une chambre individuelle. Un argument de poids à l’heure où les prisons souffrent du surpeuplement. William* n’a pas la chance de pouvoir étudier au calme. «Je travaille sur le frigo, raconte le jeune homme qui a décroché un bac S l’an passé. Quand mon codétenu veut regarder la télé, je ne vais pas l’en empêcher.» Lui aussi espère participer à ce dispositif innovant pour, peut-être, devenir ingénieur en informatique.

Une première en France

Ce tremplin pour aider les détenus hommes ou femmes à passer leur baccalauréat jusqu’au doctorat, une première en France, sera expérimenté à la rentrée uniquement à Fleury-Mérogis et fera l’objet d’une évaluation au bout d’un an. Mais les porteurs du projet espèrent qu’il sera élargi aux autres prisons.  

Une perspective qui peut susciter la polémique. Certains critiquent une dépense pour des repris de justice quand des étudiants français peinent à joindre les deux bouts.

«On ne prive pas les autres étudiants»

«L’objectif n’est pas uniquement la réinsertion sociale, mais l’exercice des droits, se justifie Isabelle This-Saint-Jean, vice-présidente d’Ile-de-France en charge de l’enseignement supérieur. On ne prive pas les autres étudiants…»

Pour Valérie Pécresse (UMP), c'est plutôt une «bonne initiative, mais elle nous a choqué car elle s'accompagne d'une baisse drastique des aides aux apprentis. La région doit aider le retour à l'emploi dans sa globalité et non envoyer un message de discrimintion anti-apprentis».

Une ouverture sur le monde, une réflexion sur leur passé, occuper un temps stérile, nombreux sont les arguments des enseignants comme des étudiants en prison. «Malgré les erreurs de parcours, on est encore capables de faire de bonnes choses», explique avec fierté Pierre.

* tous les prénoms ont été changés.

Lire aussi l'interview d'Aude Siméon, enseignante en prison, sur ce dispositif