«Le risque cardio-vasculaire de la femme est sous-estimé»

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Illustration d'un coeur qui bat
Illustration d'un coeur qui bat — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Combien de décès de femmes sont imputables aux maladies cardiovasculaires?

C’est la première cause de mortalité féminine. En France, sur 147.000 personnes qui décèdent chaque année d’une maladie cardiovasculaire, 54% sont des femmes. Plus grave: les maladies cardiovasculaires ont tendance à augmenter chez les femmes. Entre 2002 et 2008 en France, le nombre de femmes hospitalisées pour Infarctus du myocarde a fortement progressé (+14,6% chez les 35-44 ans et +17,9% chez les 45-54 ans), selon les chiffres publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en novembre 2012.

A quoi attribuez-vous l’augmentation de ce fléau?

A l’hygiène de vie des femmes qui s’est détériorée depuis une vingtaine d’années. Le tabagisme, la sédentarité, la consommation trop importantes de graisses saturées, le stress, sont en cause. Et l’association entre des œstrogènes de synthèse (contenus dans les pilules, les patchs et les anneaux vaginaux) et le tabac est très nocive. Après 35 ans, les femmes qui fument doivent changer de contraception car elles fabriquent facilement des caillots sanguins.

Pourquoi ces maladies sont-elles moins bien dépistées chez les femmes que chez les hommes?

Le risque cardio-vasculaire de la femme est sous-estimé. Il existe un problème socio-culturel  en France à ce sujet. Nous sommes par exemple très en retard par rapport aux Etats-Unis en matière de prévention. Là bas, chaque année une journée rouge est organisée pour sensibiliser les femmes aux risques de maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, les médecins traitants ne pensent pas forcément à une maladie coronarienne sous-jacente lorsqu’une de leur patiente se plaint de palpitations ou de douleurs au ventre par exemple. 

Les femmes sont également prises en charge moins rapidement que les hommes, pour quelles raisons?

Car lorsqu’elles ressentent les symptômes d’un infarctus, elles ont tendance à peu s’écouter. En moyenne, elles appellent le Samu 90 minutes plus tard que les hommes. Par ailleurs, le fait d’aller directement aux urgences retarde d’une heure la prise en charge de la patiente. Si elle avait appelé le Samu, elle aurait été en revanche immédiatement dirigée vers le service cardio d’un hôpital. 

Guérissent-elles moins bien que les hommes?

Elles se remettent généralement moins bien d’un infarctus que les hommes. Ainsi, une femme à un risque de 50% de mourir de sa première attaque cardiaque, contre 30% chez un homme. Et comme leurs artères sont plus petites que celles des hommes, la revascularisation est plus difficile.

Comment est-il possible d’améliorer la prévention?

Il faut notamment intervenir lors des trois phases clé de la vie hormonale des femmes. Lors de la prescription de leur première pilule, il faut vérifier leur taux de glycémie et de cholestérol, leur tension, ainsi que leur poids. Lorsqu’elles sont enceintes, il faut veiller à celles qui sont hypertendues pour leur proposer une fois le bébé né, d’effectuer un bilan cardio. Et au moment de la ménopause, il faut refaire le point sur la glycémie, le cholestérol, la tension et proposer si besoin est un test à l’effort.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes pour améliorer leur hygiène de vie en amont?

D’éviter de fumer, de boire de l’alcool, de limiter la consommation de plats tout prêts. Elles doivent aussi pratiquer une activité physique régulière 30 minutes trois fois par semaine. Et à la ménopause, il faut passer à 45 minutes trois fois par semaine.