Quel avenir pour la «manif pour tous»?

Oihana Gabriel et Enora Ollivier

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Des manifestants venus défiler contre la loi sur le «mariage pour tous», à Paris, le 26 mai 2013.
Des manifestants venus défiler contre la loi sur le «mariage pour tous», à Paris, le 26 mai 2013. — V. WARTNER/ 20 Minutes

Le début de la fin? Au lendemain de la manifestation qui a rassemblé entre 150.000 et 1.000.000 de personnes à Paris dimanche, la question d’un éventuel avenir de la «Manif pour tous» ne manquait pas de se poser ce lundi.

Pour Sylvain Crépon, sociologue au laboratoire Sofiapole de Nanterre, la manifestation de dimanche ressemblait plutôt à un baroud d’honneur. Tout d’abord parce que les prochaines élections se dérouleront dans dix mois, l’essoufflement est donc probable. Et parce que la loi a été votée. «Les manifestants n’ont pas envie d’être associés aux casseurs ou à l’extrême droite, avance l’auteur de Enquête au cœur du nouveau Front National. En revanche, c’est toute une génération qui s’est politisée. Et c’est donc l’opportunité pour l’UMP et le FN d’attirer cette jeunesse.» Autre argument de poids: les militants sont hétéroclites et divisés.

La scission de Frigide Barjot

D'autant plus depuis la perte de sa star médiatique, Frigide Barjot, qui a pris ses distances. «La Manif pour tous appartient aux Français, ce n’est pas un parti politique, assure l’ancienne figure de proue. Ce mouvement de Français consternés n’a pas été créé pour prendre le pouvoir, ce serait illégitime.»

Et l’ancienne porte parole du mouvement d’assurer qu’elle va créer une nouvelle association, baptisée L’avenir pour tous dans les prochains jours. L’objectif de cette renaissance? Créer une charte pour inscrire le mariage dans la constitution et garantir aux homosexuels des droits patrimoniaux, juridiques au travers d’une union civile. Point d’achoppement entre les différentes figures de proue du mouvement. « Frigide Barjot est isolée, tacle Béatrice Bourges. Son contrat d’union civile n’était pas suivi au sein des militants.»

 Pas d’avenir politique, mais une mobilisation persistante

Mais pour les deux égéries du mouvement, il n'y a aucun doute sur l'avenir de cette opposition. Pour Béatrice Bourges: «C’est un nouveau départ. Il n’y aura pas d’avenir politique au sens politicien, une récupération par les partis traditionnels, mais j’entends une soif de réflexion. Nous allons vers la recomposition du paysage politique entre deux blocs, avec d’un côté des valeurs au service de l’Homme et d’un autre des valeurs consuméristes, individualistes et libertaires.» Si la porte-parole du Printemps français se dit défavorable à la création d’un parti politique, elle assure qu’il y aura une suite, mais quelque chose d’original, autour d’actions fortes.

Une vision et des initiatives partagées par la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère. Tout en souhaitant rester «apartisane», elle espère que le «mariage pour tous» sera un des thèmes des prochaines municipales. «Nous avions dit aux élus que nous ferions connaître leurs positions et leurs votes sur le sujet. Là, il y a les primaires UMP à Paris, nous faisons connaître, sans commentaire, ce que chacun a déclaré voter. Aux électeurs d’en tirer les conséquences, nous ne soutenons pas tel ou tel ou empêchons de voter tel ou tel.»

Un mouvement qui embarrasse les partis politiques

Le sociologue Sylvain Crépon ne croit pas non plus à une récupération par les partis politiques traditionnels. «Ce débat embarrasse la droite. On a d’ailleurs vu avec les dissensions entre Copé et Fillon que la primaire se rejoue au travers de ces discussions sur le «mariage pour tous». La «manif pour tous» a montré un potentiel de mobilisation phénoménal qui doit faire envie à l’UMP. Mais le parti a été suiviste plutôt qu’initiateur. Et ces manifestants, qui forment un curieux assemblage, sont difficilement contrôlables et récupérables.»

Marine Le Pen a pris ses distances

Quant au Front National, il a pris ses distances avec le mouvement. Marine Le Pen a d’ailleurs dès ce lundi assuré: «Cette manifestation (...) ne peut pas perdurer ». Pour Sylvain Crépon, la patronne du FN a bien joué. En ne se montrant pas aux manifestations, mais en envoyant ses lieutenants, «elle a rappelé que les combats fondamentaux sont ailleurs. Elle a axé son discours sur l’ouverture, par opposition à l’outrance de son père. Elle a réussi à marginaliser les catholiques traditionnels frontistes, comme Bruno Gollnisch. Et c’est une femme divorcée deux fois, qui vit dans une famille recomposée, qui a dans ses cadres des homosexuels… »