Banlieues : l’Etat n’a pas fini de payer la fracture

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Le ministre délégué aux Collectivités territoriales Brice Hortefeux a réaffirmé mardi au Sénat que le montant des dommages causés aux collectivités lors des violences de l'automne 2005 dans les banlieues se situait entre 50 et 60 millions d'euros.
Le ministre délégué aux Collectivités territoriales Brice Hortefeux a réaffirmé mardi au Sénat que le montant des dommages causés aux collectivités lors des violences de l'automne 2005 dans les banlieues se situait entre 50 et 60 millions d'euros. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

Il y a un an, des émeutes secouaient les banlieues et toute la société française. Bilan chiffré de ces violences urbaines : 10 300 véhicules brûlés, 200 millions d'euros de dégâts, 3 000 personnes placées en garde à vue. Ces émeutes ont aussi montré le délabrement social, économique et éducatif des quartiers. Depuis un an, les annonces se succèdent. Avec un résultat pour le moment peu visible tant le malaise est profond. « Le gouvernement a tenu tous ses engagements, on est en train de faire bouger les choses », assure Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale. Revue de détail commentée par plusieurs acteurs.

1. Habitat

Dans le cadre de la nouvelle Agence nationale de rénovation urbaine, l'Etat a signé 230 projets de rénovation pour 400 quartiers. Quelque 30 milliards d'euros de travaux sont prévus jusqu'en 2013. « Nous sommes entrés dans une phase opérationnelle, explique Catherine Vautrin. A Chanteloup-les-Vignes (78) ou à La Duchère à Lyon, les gens prennent possession de leur nouveau quartier. »

2. Transports

La question du désenclavement est toujours aussi problématique car elle conditionne l'accès aux écoles, aux facultés et aux emplois. Les habitants de Clichy-sous-Bois qui doivent souvent avoir le permis pour espérer décrocher un travail attendent toujours leur tramway, bloqué pour des questions administratives. « J'en fais un test politique, annonce Claude Dilain, le maire PS de Clichy. Je veux savoir si on a vraiment envie de s'occuper des banlieues. »

3. Emploi

Selon un bilan gouvernemental, 128 000 jeunes absents des listes de l'ANPE issus des zones urbaines sensibles ont été reçus par les missions locales. 46 000 ont été orientés vers un emploi et 25 000 vers un dispositif d'accompagnement.

Sur les 50 184 jeunes qui sont passés par l'ANPE, 33 926 ne sont plus inscrits. Fin 2006, quinze nouvelles zones franches seront opérationnelles.

Des mesures aux effets insuffisants. « Cela ne compense pas la discrimination que subissent les habitants des quartiers dits sensibles, explique François Pupponi, maire PS de Sarcelles. Le seul frémissement est venu des grandes entreprises. Mais le taux de chômage chez les moins de 25 ans est toujours de 30 %. Alors que nous sommes dans un bassin où des emplois se créent mais ne bénéficient pas à nos jeunes. »

4. Education

Depuis un an, plusieurs mesures ont été prises : 249 établissements ont ainsi été classés « ambition réussite », 379 équipes de réussite éducative ont été créées et trente grandes écoles vont s'ouvrir à la mixité sociale. « Je suis a priori favorable à ces outils, explique Claude Dilain. Nous avons à Clichy trois collèges “ambition réussite”. Les enseignants sont perplexes, mais nous jugerons sur les résultats. »

5. Vie des quartiers

Le gouvernement a débloqué une enveloppe supplémentaire de 100 millions d'euros à destination des associations. Mais Hassan Ben M'Barek, du collectif Banlieues Respect qui regroupe 165 structures, conteste l'utilisation de ces fonds : « L'argent est allé aux grands réseaux associatifs, et pas aux associations de terrain avec des gens issus de ces quartiers qui ont fait leur preuve. Il est surprenant que ces structures ne soient pas soutenues, c'est une forme de suspicion. Il faut un débat parlementaire sur l'utilisation de ces fonds, et plus largement sur l'impact des politiques de la ville. »

6. Discriminations

Si la charte de la diversité a aujourd'hui été signée par 1 800 entreprises, le CV anonyme est en revanche passé à la trappe. « Moi, je n'étais pas pour, assure Claude Dilain. Il ne faut pas avoir honte de son adresse, de son nom, de sa couleur de peau... C'est contre ça qu'il faut lutter. »

David Carzon

Demain : Que sont devenus les émeutiers ?

Pour Claude Dilain, les effectifs policiers à Clichy-sous-Bois sont insuffisants. « Mais, ajoute-t-il, c'est un piège de parler de la banlieue à travers le nombre idéal de policiers. Ils ne peuvent rien pour les problèmes économiques et sociaux. » vote Banlieues Respect demande l'inscription automatique sur les listes électorales. Il y a 2 à 3 millions de personnes qui ne votent pas dont une bonne partie est issue des quartiers défavorisés.