Militaires pris pour cible: Comment assurer leur sécurité?

FAITS DIVERS Après l’agression à l’arme blanche d’un militaire à la Défense, des consignes de vigilance accrue ont été données…

Delphine Bancaud

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 Le plan vigipirate est au niveau rouge depuis 2005
 Le plan vigipirate est au niveau rouge depuis 2005 — WITT/SIPA

Acte terroriste ou geste d'un déséquilibré? Les enquêteurs exploraient toutes les pistes dimanche pour identifier l'agresseur d'un militaire en patrouille Vigipirate, blessé au cou à l'arme blanche samedi à La Défense, près de Paris. Cette agression est survenue trois jours après le meurtre mercredi à Londres d'un soldat britannique par deux islamistes radicaux, avec lequel aucun lien n'a toutefois été établi à ce stade.

Interrogé samedi à Addis Abeba sur l'agression François Hollande a déclaré qu'«à ce stade» aucun lien n'était établi entre les deux affaires. «Nous devons regarder toutes les hypothèses», a toutefois ajouté le chef de l’Etat.

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, a cependant clairement affirmé qu’on avait «voulu tuer un militaire parce qu'il était militaire» et a indiqué qu’il menait «une lutte implacable contre le terrorisme» avec Manuel Valls. Ce dernier a reconnu samedi soir sur France 2 que «des éléments» pouvaient conduire à «une forme de comparaison avec  ce qui s'est passé à Londres». «Mais à ce stade, très honnêtement, soyons prudents», a-t-il tempéré.

Pas de panique chez les militaires

Pour l’heure, l’agression du militaire n’aurait pas engendré de «paranoia» chez les militaires, selon le porte parole de l’Etat major des Armées, interrogé par 20 Minutes. Un sentiment partagé par le colonel Jacques Bessy, président de l’Association de défense des droits des militaires: «Les militaires savent qu’il y a un danger potentiel lorsqu’ils exercent leurs missions dans des lieux publics; ils savent gérer ce stress».

Il n’en reste pas moins, selon lui, que les militaires sont devenus une nouvelle cible pour des terroristes ou des déséquilibrés. «Je ne serais pas étonné que le meurtre du soldat britannique ait inspiré cette attaque. Car pour des personnes endoctrinées, les militaires sont les premiers symboles de ce qu’ils veulent attaquer: l’autorité, l’Etat...», a t’il expliqué à 20 Minutes.

La sécurité des militaires est-elle remise en cause ?

Pour Jacques Bessy, la sécurité des 1.200 militaires qui effectuent des patrouilles Vigipirate est donc remise en cause. «Le fait qu’ils patrouillent à trois en triangle, un devant, l’autre au milieu et le dernier derrière, les rendent plus vulnérables face à éventuel agresseur. Et comme ils sont équipés de fusils Famas imposants, ils ne peuvent pas réagir rapidement si l’un d’eux est agressé. Il faut aussi rappeler que leur rôle consiste à se promener dans les lieux publics pour rassurer les gens. Il s’agit de missions de dissuasion et ils ne sont pas équipés de bombe lacrymo pour neutraliser un éventuel agresseur», poursuit-il.

Le président de l’Association de défense des droits des militaires insiste notamment sur la vulnérabilité des femmes militaires. «Je redoute aussi qu’une patrouille puisse un jour se faire voler ses armes», ajoute-t-il.

Des mesures de vigilance

Face à des risques d’agressions, François Hollande, a déclaré samedi: «Nous demandons à nos soldats qui font leur travail dans des conditions difficiles, y compris pour Vigipirate, de relever encore le niveau d'attention et si je puis dire de vigilance».

Contacté par 20 Minutes, le porte parole de l’Etat major des Armées, de le colonel Thierry Burkhard, a confirmé que des «consignes de vigilance accrue » avaient été données aux militaires «car ce type de menace est imprévisible». Sans donner davantage de détails car «pour que ces mesures restent efficaces, il ne faut pas les éventer», a-t-il ajouté.

Mais selon Jacques Bessy, la seule manière d’assurer la sécurité des militaires lors des missions de sécurisation en milieu urbain, systématiquement renforcée par la présence d’un gendarme ou d’un policier». Une hypothèse jugée peu réaliste par un porte parole du ministère de l’Intérieur : «On ne peut pas sécuriser les patrouilles qui sont déjà là pour sécuriser».