Paris: Les buralistes défilent à Barbès pour s’opposer à la contrebande

Romain Lescurieux

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Plusieurs centaines de buralistes manifestaient à Paris le 22 mai 2013.
Plusieurs centaines de buralistes manifestaient à Paris le 22 mai 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Entre 200 et 300 buralistes ont défilé ce mercredi à Paris en fin de journée pour protester contre la hausse des prix des cigarettes et le développement d’un concurrent: la contrebande. Gilets oranges fluorescents, banderoles et sifflets à la bouche, ils sont partis de la rue Ambroise Paré pour se diriger vers la station de métro Barbès-Rochechouart (18ème) «le premier buraliste à ciel ouvert de France», scandaient-ils.

«Une baisse de 7% du chiffre d’affaires en Ile-de-France»

«Nous réclamons un moratoire sur le prix du tabac», affirme en tête de cortège Gérard Bohélay, président de la fédération des buralistes d’Ile-de-France. Le gouvernement a confirmé début mai une nouvelle hausse de la fiscalité sur le tabac pour le mois de juillet. Puis une seconde avec la hausse de la TVA en janvier 2014. Au-delà des augmentations successives, Gérard Bohélay dénonce également le lien entre ces hausses et la vente à la sauvette: «Face à l’augmentation du prix du tabac, les fumeurs achètent ailleurs. Et l’impact de la contrebande est considérable», poursuit-il. Depuis six mois, il estime une baisse de «7% du chiffre d’affaires pour les buralistes d’Ile-de-France».

«Les clients viennent de moins en moins mais en aucun cas ils n’arrêtent de fumer», lâche Daniel, buraliste à la place de Clichy. A quelques mètres de lui, un autre buraliste s’emporte: «Nous perdons des clients et de l’argent. La contrebande est la seule gagnante de la situation.» Selon la confédération des buralistes, le manque à gagner vise également l’Etat, «entre 3 et 4 milliards d’euros», affirment-ils. Pour endiguer le problème, tous sont d’accord pour dire qu’il faut «une harmonisation du prix des cigarettes au niveau européen». Et un «contrôle» plus important dans cette zone au nord de Paris.

«Une cigarette sur quatre vient de la contrebande»

Les buralistes ont marché vers Barbès, lieu «symbolique» selon eux du trafic de cigarettes, sous le métro aérien. «L’Etat doit arrêter de croire que les gens arrêtent de fumer. Ils achètent simplement ailleurs. Sur Internet et à Barbès où le paquet est deux fois moins cher», s’exclame Alain, buraliste à Villeneuve Saint Georges. Il ressasse ce chiffre: «1 cigarette sur 4 vient de la contrebande.» Philippe, un collègue de Bry-sur-Marne, s’indigne à son tour: «L’Etat doit contrôler et réprimer. Les cigarettes à Barbès sont plus toxiques et vendues aux mineurs. On risque également un problème de santé publique», dit-il.

Depuis le mois d’octobre 2012, la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) a réalisé une vingtaine d’opérations de sécurisation visant les vendeurs à la sauvette de cigarettes. Cinquante-six personnes ont ainsi été interpellées et deux réseaux démantelés. De plus, 15 individus ont été arrêtés, dont 8 écroués, et 362.200 cigarettes saisies. Enfin sur cette période, plus de 20 vendeurs ont fait l’objet d’une procédure de reconduite à la frontière.