Quand le père s'en va...

Delphine Bancaud

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Illustration d'un homme marchant dans la rue.
Illustration d'un homme marchant dans la rue. — BANOS / TPH / SIPA

Plus d’un mineur sur dix dont les parents sont séparés  ne voit jamais son père. Le constat est encore plus accablant pour la tranche des 30-34 ans : 18% d’entre eux n’ont plus de contact régulier avec leur père, révèle une étude de l’Institut nationale des études démographiques (Ined) parue ce jeudi. Car selon le ministère de la Justice, dans 76,8% des cas de divorce en 2010, la résidence principale des enfants était fixée chez la mère.

Or, «l’exercice de la paternité est mis à l’épreuve par l’absence de vie quotidienne avec le père» souligne l’Ined.

Une réalité qu’explique la pédiatre Edwige Antier, auteur de Il est où mon papa*, «Certains pères ne passent pas assez de temps avec leurs enfants, d’où le sentiment d’être exclu de leur quotidien. C’est un cercle vicieux car ils ont tendance à moins participer à l’éducation de leurs enfants, ce qui distend petit à petit les liens. D’autres s’éloignent de leurs enfants, car ils ont vécu la rupture avec leur mère comme une blessure d’amour-propre et ils fuient ce qui les relient à elle».

Autres facteurs affectant la relation père enfant, selon l’Ined: la distance entre le domicile du père et celui de la mère, la construction d’une nouvelle famille par ce dernier et le fait que lui-même n’ait pas été élevé par ses deux parents.

Rompre avec le tabou

 Une rupture du lien père-enfant qui peut avoir des conséquences lourdes? selon Edwige Antier : «Même s’il est enfoui, le sentiment d’avoir été nié par le père est une souffrance qui risque de ressurgir à l’adolescence, période où l’enfant a particulièrement besoin d’être reconnu par lui pour se construire. Cela peut se traduire dans les cas les plus extrêmes par des violences, des comportements anorexiques, l’échec à l’école…».

Avec un risque de reproduire la situation devenue adulte, selon la pédiatre «car les hommes qui n’ont pas eu de relation avec leur père deviennent parfois des pères absents. Et certaines femmes vont avoir tendance à "éliminer " leur mari vis-à-vis de leurs enfants». Pour éviter ces écueils, la pédiatre insiste sur l’importance pour l’enfant de parler à une personne neutre (psychologue, pédiatre…) «pour l’aider à comprendre ses sentiments et à  se construire avec cette blessure». Selon Edwige Antier, il est également essentiel de réparer l’image du père dans le regard de la mère : «il faut qu’elle revienne sur la relation qu’elle a pu avoir avec le père avant la rupture et qui lui a donné le désir d’avoir un enfant, afin de redonner du sens à son histoire».

 * Robert Laffont ,  2012, 18,60 €.

 L’espoir qui vient de la garde partagée

 Selon l’Ined, la résidence alternée réduit les risques de rupture du lien entre l’enfant et le père car elle leur permet de maintenir une relation régulière, mais aussi car elle est «la traduction de séparations plus consensuelles, moins conflictuelles». Or, même si elle n’est pas toujours possible pour des raisons d’organisation (logements des parents trop éloignés, emplois qui ne la permettent pas), de plus en plus de couples qui se séparent, l’envisagent.