Mediator: Le procès se poursuit à Nanterre sans Jacques Servier

Au palais de justice de Nanterre, Vincent Vantighem

— 

Jacques Servier lors du procès du Mediator, le 21 mai 2013.
Jacques Servier lors du procès du Mediator, le 21 mai 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Il a fallu quelques minutes aux avocats des parties civiles pour réaliser et reprendre la parole. Isabelle Prévost-Desprez, présidente du tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine), a annoncé, ce mercredi midi, que le procès de Jacques Servier et de quatre cadres de son laboratoire allait bien se poursuivre dans son palais de justice jusqu’au 14 juin. Elle a ainsi débouté la défense du «père du Mediator» de sa demande de renvoi. Mardi, cette dernière avait ferraillé des heures durant, arguant que leurs clients ne pouvaient être jugés à Nanterre alors qu’une instruction pour les mêmes faits se poursuit encore devant le Pôle Santé Publique du tribunal de grande instance de Paris. «Cette situation est aberrante, avait notamment plaidé Hervé Témime, avocat de Jacques Servier. Le tribunal ne peut pas être sourd, aveugle, autiste à ce point…» 

Servier interdit d’audience par son cardiologue

Alors qu’il était venu assister à deux petites heures d’audience mardi, Jacques Servier, 91 ans, n’était pas là ce mercredi pour entendre le tribunal annoncer la poursuite du procès. «Son cardiologue lui a interdit de venir, a confié Lucy Vincent, porte-parole des laboratoires à 20 Minutes juste avant le début de l’audience. Mais il sera là autant que possible durant les semaines à venir par respect pour les malades.»

Ces derniers sont, de leur côté, assez divisés sur la suite de toute cette affaire si l’on en croit leurs avocats. Alors que certaines robes noires plaidaient pour une poursuite du procès, d’autres n’hésitaient pas ce mercredi à émettre des doutes sur la suite des événements. «On va présenter la poursuite de ce procès comme une victoire pour les victimes, lâche ainsi Jean-Christophe Courbis, avocat de 45 malades dans la procédure à Nanterre et de plus de 2.000 dans l’instruction ouverte à Paris. Mais j’espère que cette victoire n’aura pas un goût amer.» La crainte de l’avocat est légitime. Une fois jugés à Nanterre, on voit mal comment les faits de «tromperie aggravée sur la marchandise (le Médiator)» pourraient encore être instruits et jugés à Paris. Il restera tout de même à examiner les accusations de «blessures et homicides involontaires» qui, elles, n’ont pas été dénoncées à Nanterre.

 

Irène Frachon attendue à la barre dès jeudi

Agissant sur une citation directe, le tribunal correctionnel de Nanterre n’a pas eu le loisir d’enquêter sur les faits de «tromperie aggravée». Pour se forger une opinion, et acquitter ou relaxer les responsables de Servier, il se donne désormais jusqu’au 14 juin. Ce mercredi après-midi, les débats vont donc entrer dans le vif du sujet avec les parties civiles qui ont, à charge, d’expliquer ce qu’elles reprochent aux laboratoires Servier. Se succéderont ensuite à la barre une kyrielle de témoins dont la première, jeudi, n’est autre qu’Irène Frachon. En 2009, la pneumologue de Brest avait été la première à dénoncer les effets de Médiator.