Catherine Lejealle: «Aujourd'hui, on assume d'être inscrit sur un site de rencontre»

INTERVIEW Les sites de rencontre se banalisent...

Propos recueillis par Audrey Chauvet
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Catherine Lejealle, sociologue et professeur associé à l'ESG Management School.
Catherine Lejealle, sociologue et professeur associé à l'ESG Management School. — DR

Recevoir des charmes, chatter et s’envoyer des mails pourrait bien devenir une manière banale de rencontrer l’âme sœur. Alors que le site de rencontres Adopteunmec.com présentait ce mercredi des résultats financiers très prometteurs, la sociologue et professeur associé à l'ESG Management School Catherine Lejealle a décrypté pour 20 Minutes les raisons d’un tel succès.

Comment expliquez-vous le succès du site Adopteunmec.com?

Il y a eu une vraie démocratisation des sites de rencontre. Les gens ont maintenant un rapport décomplexé à ces sites et ne s’interdissent plus d’y avoir recours. Cela touche aussi bien les très jeunes que les plus âgés: aujourd’hui, on assume d’être inscrit sur un site de rencontre. Des sites de niche sont donc apparus, alors qu’avant Meetic était incontournable. Adopteunmec a tenté par son approche ludique et son positionnement plus jeune que Meetic, notamment avec les critères du style «CDD ou CDI, taille du lit…». C’était aussi un des premiers sites gratuits et il a énormément plu pour ça.

Le fait d’être inscrit sur un site de rencontres est devenu banal? On assume mieux cela qu’il y a quelques années?

La banalisation de ces sites est complète: tout le monde connaît quelqu’un qui y est allé. La peur de rencontrer un pervers a disparu. Et puis, il y a aussi une banalisation de la rencontre avec un inconnu: sur Ebay ou Leboncoin, la mise en relation avec des inconnus se passe très bien par exemple, et ce qui se passe dans la sphère commerciale, sur les forums, ou les sites de covoiturages se transfère maintenant dans la relation amoureuse.

Pensez-vous qu’Adopteunmec puisse un jour détrôner Meetic?

Le site peut devenir le Meetic numéro deux car il a maintenant un effet de masse suffisant. Mais ils se distinguent toujours par leur approche non symétrique entre hommes et femmes, qui les place dans un imaginaire ludique de la femme qui se fait courtiser (NDLR: les femmes choisissent quels hommes peuvent leur parler). C’était donc un parti pris de ne pas faire un Meetic bis. Néanmoins, Adopteunmec tend à se banaliser car il y a de plus en plus de rencontres sérieuses qui s’y passent, comme sur Meetic.

La rencontre en ligne est-elle un phénomène de mode ou une tendance de fond?

Cela s’installe très durablement mais avec une vraie évolution: on ne compte pas que là-dessus pour rencontrer quelqu’un. Aujourd’hui, on fréquente ces sites mais en parallèle on continue de chercher par plein d’autres moyens. L’inscription sur un site acte que l’on est prêt à la recherche. On est alors plus ouvert dans sa tête et c’est peut-être en allant acheter une baguette de pain qu’on va rencontrer quelqu’un. D’autre part, les sites servent aussi à faire des rencontres autre qu’amoureuses: beaucoup de gens disent y faire des rencontres sympathiques, avoir pris un verre avec quelqu’un et être resté en contact pour des sorties par exemple. On élargit ainsi son réseau d’amis et la rencontre peut arriver naturellement comme ça.