Vers une généralisation de la télémédecine?

SANTE Un peu plus de la moitié des Français sont prêts à recourir à la télémédecine dans certains cas...

Alexandra Luthereau

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Illustration - Une ambulance des urgences à l'hôpital de Montauban (Tarn-et-Garonne).
Illustration - Une ambulance des urgences à l'hôpital de Montauban (Tarn-et-Garonne). — AFP PHOTO/REMY GABALDA

Les Français montrent un intérêt croissant pour la télémédecine, révèle le 10e baromètre Fédération hospitalière de France (FHF)/TNS Sofres, dévoilé ce mardi. Notamment, 59% des personnes interrogées sont prêtes à avoir recours aux nouvelles technologies pour la transmission de leurs analyses de laboratoire, prises de sang, imageries interprétées par un professionnel de santé à distance.

Quelque 53% sont disposées à prendre un avis complémentaire auprès d’un professionnel de santé ou de faire préciser des informations données par leur médecin traitant par téléphone, visioconférence ou messagerie. Enfin, seulement 37% des Français accepteraient un diagnostic médical à distance. Le refus du télédiagnostic est plus important chez les 18-24 ans (74%) et les habitants des zones rurales touchées par la désertification médicale (69%). Les Français acceptent bien les nouvelles technologies dans la santé mais à condition donc de voir un médecin en chair et en os de temps en temps.
 

Télésuivi, télédiagnostic

Les applications en télémédecine les plus courantes concernent le télésuivi de patients atteints de diabète, portant un appareil cardiaque ou encore souffrant de l’apnée du sommeil. D’autres applicatifs concernent également le diagnostic à distance d’un accident vasculaire cérébral. En Bourgogne, notamment, l’agence régionale de santé (ARS) a développé dans 8 sites de santé des plates-formes de télémedecine permettant de diagnostiquer au plus tôt l’AVC et de réaliser une trombolise, quand c’est possible, grâce à l’avis télétransmis par les experts du CHU de Dijon. «L’AVC est une course contre la montre, l’expertise à distance fait gagner du temps», rappelle Christophe Lannelongue, directeur de l’ARS Bourgogne. Et donc sauve des vies.
 
Dans la région Midi-Pyrénées, l’ARS a, entre autres, mis en place une expérimentation pilote pour des consultations à distance des détenus incarcérés sur le territoire. Cette solution pallie aux difficultés d’accès aux soins par des spécialistes, notamment, pour cette population qu’il est difficile de faire sortir momentanément de prison.
 

Traitement de l’urgence et accessibilité des soins

Traitement de l’urgence et accessibilité des soins sur des territoires étendus et qui peuvent par ailleurs subir des pénuries de médecins apparaissent comme les bénéfices les plus évidents de ce système. Mais d’autres avantages indirects comme la baisse des temps de transports et donc des coûts, la limitation des durées d’hospitalisation et des consultations sont également à prendre en compte. Notamment pour le déploiement des infrastructures de la télémédecine qui demande des investissements et donc des coûts.
 
Convaincues, les Régions Bourgogne et Midi-Pyrénées ont mis les moyens pour développer la télémédecine à l’ensemble de leurs sites. En septembre prochain, la plate-forme de télémedcine bourguignonne sera opérationnelle. Mais toutes les Régions n’en sont pas à ce stade. «Il faudrait que les pouvoirs publics fassent confiance au système pour la régularisation naturelle entre investissements et économies réalisées à terme», analyse Jean-Bernart Schroder, Directeur affaires industrielles du syndicat national de l’industrie des technologies médicales (SNITEM). Et c’est cette volonté politique forte qui devrait permettre de convaincre les patients, les médecins, les élus, etc., et de voir se déployer sur tout le territoire la télémédecine.
 

Collaboration nécessaire entre tous les acteurs

Pour Monique Cavalier, directrice de l’ARS Midi-Pyrénées, «la télémédecine c’est d’abord de l’organisation médicale construite». Aussi pour mettre en place de tels dispositifs, il faut un projet médical commun entre établissements, un projet et un cadre clairement définis où chacun des acteurs connaît sa position dans la chaîne.
 
C’est aussi la position de Frédéric Martineau, président de la conférence nationale des comissions médicales d'établissements hôpitaux généraux, un fervent défenseur de cette médecine à distance. Pour lui c’est un outil intéressant, même s’il ne réglera pas, à lui tout seul, le problème de désertification médicale ou d’engorgement des services d’urgences. Pour l’heure, l’enjeu est que la télémédecine soit réalisée dans un cadre défini, avec des règles précises pour assurer sécurité et garanties d’un diagnostic de qualité aux patients. Au-delà des avancées technologiques, surtout, «il ne faut pas oublier que la télémédecine est un acte médical», précise le médecin. Frédéric Martineau.