Médiator: Les avocats de Servier font tout pour éviter le procès

JUSTICE Le tribunal correctionnel de Nanterre annonceront mercredi si le procès du fondateur du laboratoire se poursuit...

Au palais de justice de Paris, Vincent Vantighem

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Jacques Servier lors du procès du Mediator, le 21 mai 2013.
Jacques Servier lors du procès du Mediator, le 21 mai 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Rabougri sur sa chaise, il est resté deux petites heures dans la salle d’audience. Et puis Jacques Servier, 91 ans, a été escorté par son médecin et son impressionnant service d’ordre en dehors du tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine). «Il n’est pas en état de comparaître, a justifié Hervé Témime, son avocat. Mais il est venu là pour dire qu’il ne se fout pas du tribunal et par respect pour les malades.»

Cité à comparaître pour «tromperie aggravée» avec quatre cadres de son laboratoire, celui qui assure avoir «succombé à la magie du médicament» en 1954 n’est pas sûr de revenir à la barre. Ses avocats ont bataillé tout l’après-midi durant pour lui éviter d’être jugé dès à présent alors qu’une instruction parallèle menée par le pôle Santé Publique du tribunal de Paris est toujours en cours sur ses responsabilités dans le scandale du Médiator.

L’enquête à Paris avance à grands pas

«On ne peut pas être jugé à Nanterre et mis en examen pour la même chose à Paris, a ainsi attaqué Hervé Témime. Cela paraît aussi logique que 2 + 2 = 4.» Pour le procureur, «42 - (19  X2) = 4 également». Epaulé par les avocats des victimes, il a tenté de convaincre le tribunal de l’intérêt de la tenue de ce procès. «Cette question est dénuée de sérieux, lâche ainsi François Honnorat, avocat d’un des malades du Médiator. D’autant qu’elle a déjà été évoquée il y a un an.»

Mais pour la défense de Jacques Servier, cette question se pose pourtant aujourd’hui avec d’autant plus d’acuité que l’enquête menée par le pôle Santé Publique à Paris avance à grands pas. «Il faudrait que le tribunal soit sourd, aveugle, autiste pour juger sans éléments alors qu’à Paris le dossier s’étoffe de jour en jour», gronde Hervé Témime alors que son client semble s’assoupir sur le banc des prévenus.

«Servier va mourir et les victimes aussi»

De prime abord, la situation paraît en effet ubuesque. Cité à comparaître à Nanterre, le représentant moral de Servier est ainsi également convoqué, mercredi à la même heure, par le juge d’instruction parisien pour s’expliquer. Dans le palais de justice, les arguties juridiques fastidieuses et autres questions préjudicielles sont difficiles à entendre et surtout à comprendre pour les quelques victimes qui ont fait le déplacement. «On a fait six heures de bagnole depuis le Roussillon et on ne comprend rien, se désole ainsi Pierre Rinalduzzi, président de la Caper, une association de victimes. Tout ce que cela m’inspire, c’est que Servier va mourir, les victimes du Médiator aussi et le procès n’aura jamais lieu. On réclame juste un peu de courage de la part de la justice.»

A la barre, Charles Joseph-Oudin ne demande pas autre chose. Utilisant la formule de Jean-Paul II, il lance un «N’ayez pas peur!» à la présidente du tribunal correctionnel. Celle-ci devait mettre sa décision sur la tenue du procès en délibéré, mardi soir. Rentré chez lui depuis longtemps, Jacques Servier devra attendre mercredi pour savoir si le premier procès pénal du Médiator se poursuit.

Questions de procédure

La défense de Jacques Servier a demandé au tribunal de se déclarer incompétent afin que l’instruction menée à Paris puisse se poursuivre pour qu’un «vrai procès du Médiator» ait lieu d’ici un an ou deux. Elle a également déposé plusieurs requêtes en nullité qui pourraient être renvoyées au fond, c’est-à-dire être tranchées à la fin du procès. Enfin, elle a proposé à la présidente du tribunal de Nanterre de se faire communiquer l’ensemble du dossier instruit à Paris par le juge d’instruction mais ce-dernier peut tout à fait refuser. «Mon client ne veut pas éviter le procès, a lâche Hervé Témime. Il y aura un procès. Mais pas dans n’importe quelles conditions. Il faut qu’il se tienne à Paris à l’issue de l’instruction.»