Geneviève Fioraso: «L’objectif est de parvenir à 3 millions d’étudiants d’ici à 2020»

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement superieur et de la recherche dans son bureau le 16 mai 2013.
Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement superieur et de la recherche dans son bureau le 16 mai 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

L’objectif de votre future loi est de conduire 50% d’une classe d’âge à un diplôme d’enseignement supérieur. N’est-ce pas trop ambitieux?

Non, car il faut se fixer un cap et se donner les moyens d’y arriver. Actuellement, la France compte  2,4 millions d’étudiants. L’objectif est de parvenir à 3 millions d’ici à 2020. D’autant, que l’université est le meilleur outil démocratique permettant aux jeunes issus de milieux modestes de poursuivre leurs études. Aujourd’hui, seulement 13,5% d’entre eux sont inscrits en licence, 9,5% en master et 6% en doctorat.L’ascenseur social est en panne et nous devons y remédier. 

Pour y parvenir, vous souhaitez notamment simplifier l’offre de formation…

Oui, car le manque de lisibilité de l’offre de formation pénalise en premier lieu les jeunes issus de milieux modestes, qui se repèrent mal dans le système éducatif. Nous allons regrouper les intitulés de diplômes au sein de grands domaines disciplinaires, afin de passer de 1.300 intitulés de licences générales à 200 environ, d’ici à 2015.

Cela ne risque-t-il pas de réduire les domaines de formation?

Non, car les parcours individualisés existeront toujours. Mais il est inutile d’avoir par exemple, trois intitulés de licence de biologie.

L’un des buts de ce projet de loi est d’améliorer l’orientation des lycéens pour limiter leur échec. Comment y parvenir ?

Il faut mieux préparer en amont leur projet d’orientation, en leur présentant les filières et les métiers dès le lycée. Le service public d’orientation qui sera mis en œuvre entre 2014 et 2015, y contribuera.

Qu’est-il prévu pour diminuer le taux d’échec à la fac?

En 2011, seulement 33,3% des étudiants décrochaient leur licence en trois et un an après leur entrée en licence 32% des étudiants ne se réinscrivaient pas à l’université (réorientation ou abandon des études).  Pour mieux les encadrer lors de leurs premières années à l’université, 1000 postes seront créés chaque année pendant cinq ans et dédiés à la réussite en licence. Il s’agira de professeurs référents, de tuteurs, d’enseignants en langues, de spécialistes de l’ingénierie de formation qui aideront les étudiants à bâtir leur parcours de formation…

Pourquoi avoir opté pour une spécialisation plus progressive des étudiants?

Car actuellement, la trop forte spécialisation des licences est un frein aux réorientations et contribue à l’abandon de certains étudiants. L’idée est de définir un socle commun de formation, (par exemple droit, économie et histoire) qui sera complété par un socle optionnel. Ce tronc commun diminuera dès le troisième semestre pour donner plus de place aux options dans le cursus. Cela permettra aux étudiants de définir au fur et à mesure leur projet professionnel et de se réorienter plus facilement si besoin est. Avec ce socle de culture plus large, les étudiants seront aussi plus en adéquation avec le marché du travail qui exige de la polyvalence.

Vous souhaitez aussi vous appuyer sur le numérique pour améliorer les apprentissages…

Oui, l’enjeu est de faire du numérique un outil d’innovation pédagogique, notamment pour diminuer les cours en amphi. Il faut aussi renforcer le dialogue en ligne entre les enseignants et les professeurs.

Mais le développement du numérique coûtera cher et beaucoup d’universités ont déjà des difficultés financières…

Nous avons signé une convention avec la Caisse des dépôts pour débloquer un fond dédié au numérique. Des moyens seront aussi trouvés via les investissements d’avenir et je ne désespère pas d’obtenir des crédits européens.

Vous voulez doubler l’alternance à l’université en la faisant passer de 4 à 8% d’ici à 2020. Mais est-ce faisable, alors que les entreprises estiment souvent que les formations universitaires inadaptées à leurs besoins?

Ce qui bloque les entreprises, c’est une certaine méconnaissance des formations dispensées à l’université. Ces dernières doivent se tourner davantage vers l’extérieur et faire valoir la diversité de leurs formations. L’université de Marne-La-Vallée est un exemple en ce domaine, car elle compte 27% d’étudiants alternants. Les contrats quinquennaux qui lient le ministère aux universités fixeront d’ailleurs des objectifs chiffrés en matière d’étudiants alternants.

Comment allez-vous favoriser la poursuite d’études des bacheliers professionnels et techniques?

En donnant la priorité aux bacheliers pro en STS et aux bacheliers techno en IUT. Car les premiers ont 3,5% de chance de réussir à l’université contre 47% en STS. Idem pour les bacheliers technos qui ont 9,5% de chance de réussir en filière générale à l’université contre 68% en IUT. Les recteurs établiront donc des quotas de bacheliers pro et technos à admettre en STS et en IUT.