Les policiers parisiens pâtissent du manque de voitures banalisées

EXCLUSIF En cinq ans, le parc automobile de véhicules discrets a baissé de 36% à Paris intra-muros...

William Molinié

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Illustration police nationale.
Illustration police nationale. — Vincent Wartner/20 Minutes

Pour pouvoir «filocher» en toute discrétion et interpeller les délinquants dans de bonnes conditions, les policiers ont besoin de véhicules banalisés. Mais leur nombre a nettement baissé ces dernières années à Paris. D’après des chiffres que 20 Minutes s’est procurés, le parc automobile de ce type de voitures n’était que de 126 en mars 2013 dans Paris intra-muros, contre 197 cinq ans plus tôt en mars 2008. Soit une baisse de 36%.

«L’autorité politique précédente avait privilégié le renouvellement des véhicules sérigraphiés [les logos police apparaissent nettement]. Il fallait mettre du bleu dans la rue et que cela se voit», explique une source policière. Sur la même période, le nombre de voitures floquées «police» a certes, lui aussi baissé, mais dans une moindre mesure, passant de 191 à 170, soit une baisse de 11%. Contactée par nos soins, la préfecture de police n’a pas été en mesure de confirmer ces chiffres.

La situation est jugée «critique»

Lors du dernier renouvellement en 2012, 13 véhicules banalisés pour 99 sérigraphiés sont entrés dans le parc automobile de la direction territoriale de sécurité de proximité de Paris (DTSP 75). «Entre ceux qui partent à la casse et ceux qui sont en réparation, on ne peut plus faire de filatures, de perquisitions ou d’interpellations dans de bonnes conditions, surtout en zone sensible», s’inquiète un policier.

La sous-direction de la gestion opérationnelle de la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP) juge la situation «critique». Le parc «demeure nettement insuffisant au regard des besoins opérationnels des services dont le rôle au titre de la police judiciaire représente une part très importante de leurs activités», écrivait-elle en début d’année dans une note que 20 Minutes s’est procuré.

«C’est de la débrouille»

La DSPAP reconnaissait elle aussi en janvier 2013 que le «parc [de véhicules banalisés] est en diminution sensible à Paris». Notamment en raison des réformes. «Toute nouvelle mission ou réforme opérationnelle au sein des services de la DSPAP (ex. Brigade spécialisée de terrain – Zone de sécurité prioritaire – Police technique et scientifique) appelle, le plus souvent, de nouveaux moyens, notamment mobiles. Or en raison du contexte budgétaire contraint, ces moyens ne peuvent être obtenus que par des redéploiements internes», peut-on lire dans un document daté de janvier 2013 et intitulé «Eléments de réponse de la DSPAP» à un audit réalisé par l’inspection générale de la police nationale.

Les voitures banalisées sont essentiellement utilisées dans les commissariats parisiens par les brigades anti-criminalité (BAC) et les effectifs de la police administrative, qui ont la charge, entre d’autres missions, des débit de boisson. Il n’est pas rare d’ailleurs, racontent plusieurs policiers, de voir arriver ces derniers à pied ou en métro sur les lieux des infractions. «C’est de la débrouille. Ils font au mieux avec les moyens du bord», alarme Abdel Didouhe, du syndicat de police Alliance.

«Un motif de crispation»

Certains policiers de terrain regrettent par ailleurs que les commissaires, qui disposent pour la plupart d’un véhicule, ne les mettent pas systématiquement à disposition des effectifs quand ils sont de repos. «Certains le font, d’autres non. A l’heure où on demande des efforts à tout le monde, il faut que les patrons jouent le jeu», poursuit le syndicaliste. «Les problèmes de voitures, j’en ai toujours connus. Ça a toujours été un motif de crispation. Peut-être aujourd’hui, cela se ressent d’avantage», admet une source de la hiérarchie policière.

Selon nos informations, le nouveau directeur de la DSPAP, Jacques Meric, a reversé dans le parc automobile un de ses trois véhicules banalisés de fonction. Et l’a attribué aux effectifs de la BAC de nuit 75 N. Le même service où étaient affectés les deux policiers décédés il y a trois mois sur le périphérique après une course-poursuite. Le budget 2013 prévoit la livraison de 52 nouvelles voitures banalisées pour la DTSP 75. «On ne les a toujours pas reçues», s’inquiète un policier.