Les écoles du professorat préparent leur rentrée

EDUCATION Le Sénat s'attaque ce mardi au projet de loi pour la refondation de l'école, déjà adopté par l'Assemblée, dont l’une des mesures phares est la création d’Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE)…

Delphine Bancaud

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La nouvelle formation permettra une entrée plus progressive dans le métier d'enseignant.
La nouvelle formation permettra une entrée plus progressive dans le métier d'enseignant. — F. ELSNER / 20 MINUTES

Fini les professeurs débutants envoyés devant une classe sans expérience.Le projet de loi pour la refondation de l’école dont l’examen démarre ce mardi au Sénat, prévoit le rétablissement d'une formation des enseignants dès la rentrée 2013 avec la création des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). A partir de la rentrée 2013, chaque académie aura son ESPE, qui sera accueillie au sein d’une université.

Une mesure accueillie comme une véritable avancée par les acteurs de l’éducation, car la réforme de la mastérisation, mise en œuvre par Luc Chatel en 2010, avait supprimé l'année de stage en alternance, ce qui avait conduit les professeurs stagiaires à enseigner sans avoir reçu de formation pédagogique au préalable. «L’enseignement était devenu le seul métier qui ne s’apprenne pas», commente Yves Durand (PS), rapporteur du projet de loi. «C’est le grand retour de la pédagogie. Cette nouvelle formation des enseignants est un vrai signal fort qui devrait contribuer à susciter des vocations», se félicite de son côté Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa.

Une formation plus pragmatique

Mais pas question de faire des ESPE les pâles copies des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). Un point sur lequel avait insisté François Hollande lors de son discours sur la refondation de l’école le 9 octobre : «Il ne s’agira pas de revenir aux écoles normales, pas davantage aux IUFM. Nous allons faire du neuf: avec les écoles supérieures du professorat et de l’éducation autour de l’idée de la professionnalisation». Car le principal reproche fait aux IUFM était que la formation qu’ils dispensaient était souvent déconnectée des réalités du terrain. La nouvelle formation devrait donc permettre aux étudiants se destinant aux carrières du professorat une entrée progressive dans le métier, en rééquilibrant les enseignements disciplinaires et pédagogiques. Ils apprendront ainsi à savoir tenir une classe, à utiliser au mieux les ressources numériques, à prévenir les situations de tensions et de violences, à mieux connaître le système éducatif… Pour se faire, les ESPE feront intervenir à la fois des universitaires, mais aussi des praticiens de terrain, qui connaissent bien les difficultés auxquelles seront confrontés les enseignants. Et la part belle sera donnée aux stages.

Les ESPE auront aussi des missions plus amples que celles des IUFM. Car elles assureront non seulement la formation initiale de tous les enseignants, mais aussi des autres personnels d’éducation (éducateurs, formateurs pour adultes…), de la maternelle à l’enseignement supérieur et participeront à leur formation continue. Elles formeront aussi les étudiants de licence bénéficiant d’un emploi d’avenir professeur.

2013, une année de transition

Mais avant d’être en ordre de bataille, les ESPE devraient connaitre une période de flottement, selon Christian Chevalier: «La première année, on va essuyer les plâtres, car les ESPE se préparent dans une grande urgence, alors même que la loi n’est pas encore votée». Autre inquiétude selon lui: le risque d’hétérogénéité des ESPE selon les territoires. «Le meilleur risque de côtoyer le moins bons. Les universités qui récupèrent un ESPE et qui abritaient auparavant un IUFM auront sans doute une plus grande expertise en matière de formation des enseignants que les autres». Il faudra sans doute plus de quelques mois pour reconstruire la formation des enseignants malmenée pendant plusieurs années…