Affaire Cahuzac: Après les journalistes, les députés enquêtent au sein d'une commission d'enquête

Matthieu Goar

— 

Jérôme Cahuzac, le 5 décembre 2012 à l'Assemblée nationale.
Jérôme Cahuzac, le 5 décembre 2012 à l'Assemblée nationale. — Thibault Camus/AP/SIPA

Comme promis par l’opposition au cœur de l’affaire, la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac va débuter ses travaux mardi matin. Premiers auditionnés, les journalistes de Mediapart  Edwy Plenel et Fabrice Arfi qui ont tenu leur scoop pendant des mois contre vents et marées. Suivront d’autres acteurs de l’affaire mais aussi des politiques comme les ministres Christiane Taubira ou Manuel Valls.

>> Voir ici les personnes auditionnés par la Commission

Après les aveux de Cahuzac, l’UMP et l’UDI avaient bombardé la majorité de questions sur le rôle de l’exécutif dans cette affaire d’Etat. La majorité avait elle dénoncé la «faute» d’un homme et coupé tous les fils reliant le pouvoir à l’ancien ministre.  «Il s’agit de savoir enfin toute la vérité sur l’affaire, et surtout de faire le lumière sur le rôle du gouvernement et de l’Elysée qui ont préféré accabler Cahuzac ou  détourner l’attention  en imposant les déclarations de patrimoine plutôt que d’évoquer leur propre rôle», lâche l’un des membres de la commission,  l’UMP Daniel Fasquelle, le député qui avait provoqué les dénégations «en bloc et en détails» de Jérôme Cahuzac en l’interrogeant dans l’hémicycle le 5 décembre 2012, au lendemain des premières accusations de Mediapart.

Le rôle de Pierre Moscovici?

Selon l‘opposition, plusieurs zones d’ombre sont à éclaircir sur le rôle de l’exécutif. Principale question : pourquoi l’enquête administrative diligentée par Bercy n’a pas confondu Jérôme Cahuzac? Le 6 février, après plusieurs semaines de travail avec la Suisse,  ce travail aboutissait au contraire à l’innocence du ministre, une conclusion relayée par le JDD. Pierre Moscovici, joue, selon l’opposition un rôle central. Des accusations que le ministre de l’Economie dément. Il pourra s’en expliquer devant la commission.

Les autres zones d’ombre portent sur la connaissance de François Hollande des faits.  «Allons, les plus hautes autorités de l’Etat n’auraient eu aucun moyen valable de mener l’enquête? A parti du 4 décembre et de la publication de Mediapart, ni l’Elysée, ni Matignon n’auraient eu envie de commander une expertise sur la voix de l’enregistrement pour savoir si c’est bien celle de Jérôme Cahuzac ?», s’interroge ironiquement Fasquelle.

Le Premier ministre bientôt convoqué?

Depuis les aveux, les proches de François Hollande expliquent que le président, par souci du respect de la séparation des pouvoirs, ne voulait pas mener une enquête parallèle. Hors de question, selon le pouvoir socialiste de demander aux Renseignement de mener des investigations officieuses. Ainsi, lorsque Michel Gonelle, le maire de Villeneuve-sur-Lot, aurait appelé un conseiller de Hollande (avant la publication des articles) pour dénoncer Cahuzac, il aurait été répondu à cet acteur essentiel de l’affaire de se mettre en contact avec la justice. Pour tenter d’apporter des réponses à ces questions, Alain Zabulon, directeur de cabinet adjoint de François Hollande et cité dans des articles de Mediapart, Patrick Calbar, patron de la DCRI ou encore Jérôme Cahuzac seront entendus. Certains membres de la commission souhaitent également entendre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Les travaux de la commission dureront jusqu’en septembre.