Cité des 4.000: La guerre des dealers se règle aux assises

JUSTICE Les ravisseurs d'un des frères Houmani, une fratrie connue pour avoir tenu un important trafic de stupéfiants dans la cité des 4.000 à La Courneuve, sont jugés à partir de ce jeudi aux assises de Bobigny...

William Molinié

— 

Tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le procès de deux hommes dont un en fuite, soupçonnés d’avoir enlevé et séquestré un trafiquant de drogue de La Courneuve et sa mère, s’est ouvert ce jeudi matin devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis à Bobigny.

L’affaire remonte au 3 janvier 2011. Kamel Houmani, un trafiquant de drogue de la cité des 4.000, bien connu des services de police, est enlevé avec sa mère diabétique, Fatima, par trois hommes armés et cagoulés dans le parking souterrain de l’immeuble familial. Ce dealer, handicapé depuis l’âge de 16 ans après avoir reçu une balle dans le dos –il a été indemnisé à hauteur d’environ deux millions d’euros– parvient à dissimuler dans son fauteuil roulant un téléphone portable qui va lui permettre d’avertir son frère, Hamid.

Ce dernier décide le lendemain de se rendre au commissariat pour demander l’aide de la police afin de retrouver son cadet. Grâce à la géolocalisation du mobile et aux indications fournies par les otages, l’antigang parvient à retrouver la trace des ravisseurs. L’assaut est donné près de 48h après l’enlèvement, le 5 janvier 2011 au soir, dans un pavillon de Cépoy, à 7km de Montargis (Loiret). 

Les parties civiles absentes

Un seul homme est interpellé sur les lieux, Salim Charifi, 36 ans aujourd’hui, mais trois autres traces génétiques sont relevées par la police scientifique. Au cours de l’enquête, Charifi, marié et deux enfants, lâche un autre nom: Jimmy Meyer, qu’il présente comme étant celui qui l’a recruté pour «faire le geôlier», le temps que les ravisseurs négocient une rançon d’un million d’euros avec la famille Houmani, a-t-il indiqué aux enquêteurs. En fuite, l’homme fait l’objet d’un mandat d’arrêt et sera jugé par défaut.

Alors que la famille des otages, fait rare dans le cadre de rivalités entre bandes rivales, s’était retournée vers les policiers sollicitant leur aide, Kamel Houmani et sa mère ne se sont pas présentés ce jeudi matin à l’audience. Omerta? Pressions? Discrétion? Le président de la cour d’assises n’a pas eu d’explication à cette absence, si ce n'est une lettre lui notifiant la semaine dernière que les victimes retiraient leur constitution de partie civile.

Réclusion criminelle à perpétuité

Car dans ce dossier, les menaces sont récurrentes. Transféré à la prison de Meaux (Seine-et-Marne), l'accusé à été contraint de demander son placement en isolement pendant neuf mois. «Dès le commissariat, les policiers m'ont conseillé d'y aller. C'était mieux pour moi», a-t-il expliqué aux jurés. D'autant qu'une partie de la fratrie Houmani est tombée entre temps pour un vaste trafic de stupéfiants à La Courneuve. Ils ont été condamnés avant d'être relaxés en eppel.

Le procès d'assises, initialement prévu sur trois journées, pourrait s’achever dès demain. Salim Charifi risque la réclusion criminelle à perpétuité car les faits d'enlèvement et de séquestration ont été commis en état de récidive légale.