Bisbilles à la tête du CRAN

Lucie Romano

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Louis-Georges Tin, le président du Cran, le 10 mai devant le Palais de justice de Paris, où il a annoncé qu'il allait porter plainte contre la CDC.
Louis-Georges Tin, le président du Cran, le 10 mai devant le Palais de justice de Paris, où il a annoncé qu'il allait porter plainte contre la CDC. — F. GUILLOT / AFP

Patrick Lozès, cofondateur du CRAN, annonce qu’il va déposer plainte ce mardi pour dénonciation calomnieuse contre Louis-Georges Tin, son actuel président. En cause: des propos tenus dans un article paru dans le journal Libération le 8 mai dernier, dans lequel «Louis-Georges Tin fait passer un contrôle et une enquête préliminaire me concernant pour la réalité de mouvements de fonds suspects», reproche Patrick Lozès, joint par 20 Minutes.

Une enquête préliminaire a en effet été confiée à la brigade de répression de la déliquance économique (BRDE) pour déterminer si de l’argent du CRAN avait pu servir à financer la campagne électorale de Patrick Lozès, engagé dans la dernière présidentielle de 2012 sous l’étiquette «Allez la France!». Un engagement politique qui avait conduit à sa démission du CRAN en 2011 et abouti à l’élection en novembre 2011 de Louis-Georges Tin à la tête de l’organisation, pour un mandat de trois ans.

«J’ai prêté de l’argent à l’organisation»

«J’ai prêté de l’argent à l’organisation, qui m’en doit encore, je l’ai soutenu sur mes deniers et on fait croire que c’est de l’argent que j’ai pris! C’est faux et blessant. Depuis dix-huit mois, mon nom est associé au doute. Je suis un homme honnête et sali», confie Patrick Lozès, assurant qu’il pourrait aussi porter plainte pour diffamation.

«Je ne suis pas très inquiet, commente Louis-Georges Tin. Je ne dis rien de diffamant dans cet article, et je reconnais que l’un des mouvements financiers était normal et dû à un remboursement légal. Je dis juste qu’il a refusé de donner les archives du CRAN, ce qui est vrai», poursuit-il.

Cet article a-t-il été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de Patrick Lozès, qui selon Louis-Georges Tin a «une stratégie décalée et veut revenir aux affaires» ? Cette annonce intervient en tout cas juste après le dernier grand coup médiatique de ce dernier. Il vient d’annoncer au nom du CRAN des poursuites judiciaires contre la Caisse des dépôts, accusée d’avoir tiré profit de la traite négrière.

Une assignation en justice à laquelle Patrick Lozès s’est publiquement opposée. Il refuse aujourd’hui d’associer sa plainte à ce débat de fond.

La guerre des chefs se poursuit

Mais ces réclamations voulues par Louis-Georges Tin a aussi fait sortir de ses gonds le conseil d’administration du CRAN, qui l’a désavoué dans un communiqué.

Ce fait n’est pas anodin. Car ce communiqué était signé Madeira Diallo, l’autre chef du CRAN depuis une élection de février 2013. Une élection qualifiée de «coup d’Etat» par Louis-Georges Tin, qui se revendique lui aussi toujours comme le président de l’organisation.

Sur ce dossier, Louis-Georges Tin a remporté une première victoire fin avril, après que le tribunal de grande instance de Paris, qu’il avait saisi en référé, a interdit à Madeira Diallo, par un arrêté de se présenter comme le président du Cran, sous peine d'une astreinte de 100 euros par «infraction constatée».

Diallo va faire appel

Mais trois semaines plus tard, Madeira Diallo n’entend pas en rester là. Son avocat, maître Francis Terquem -qui défend par ailleurs Patrick Lozès- annonce ce mardi à 20 Minutes qu’il fera appel de cette décision, «une fois que l’ordonnance sera notifiée, incessamment sous peu». Il entend «faire valider la désignation de Madeira Diallo comme président du CRAN».

Il évoque, sans le confirmer pour l’instant, qu’il pourrait également engager une action au pénal pour «faux en écriture privée» contre Louis-Georges Tin, à propos de pièces versées au procès-verbal par ce dernier.

Pendant ce temps-là, Catherine Bris, la secrétaire du CRAN, fait tourner la boutique. Elle est la seule salariée de l’organisation et se garde bien de toute prise de position. Elle concède simplement avoir «eu la très mauvaise surprise d’avoir été entendue pendant trois heures vendredi dernier par la brigade financière».