Le tableau ivoirien, la nouvelle affaire de Claude Guéant

C.B.
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Claude Guéant, le 10 avril 2013.
Claude Guéant, le 10 avril 2013. — ANTONIOL ANTOINE/SIPA

C’est un tableau au style naïf et coloré mettant en scène un couple africain. C’est surtout la nouvelle polémique qui fait trembler Claude Guéant. L’histoire commence en novembre 2011. Le président ivoirien Alassane Ouattara offre cette toile à Claude Guéant, non pas lors d’un voyage d’agrément, mais lors de sa visite officielle. Ce cadeau est donc remis à Guéant en sa qualité de ministre de l’Intérieur.

Les choses sont claires. En tout cas, depuis 2007, date de la procédure instaurée par l’ancien Premier ministre François Fillon pour gérer ce genre d’offrandes. Celle-ci précise que «les cadeaux offerts aux membres du gouvernement ou à leur conjoint, dans le cadre de l'exercice des fonctions gouvernementales, notamment à l'occasion des visites effectuées à l'étranger (...) sont, pour leurs auteurs, la manifestation de la volonté d'honorer la France. C'est donc à l'Etat qu'ils s'adressent, au-delà de la personne du récipiendaire (...). Il est par conséquent normal qu'ils n'entrent pas dans le patrimoine personnel du ministre ou de sa famille.» 

Pour Claude Guéant, le tableau «n’a pas de valeur marchande»

La marche à suivre est également définie: en quittant ses fonctions, Claude Guéant aurait dû remettre le tableau africain au service du Mobilier national. Mais l’ancien secrétaire général de l’Elysée ne fait pas la même analyse. D’après lui, la circulaire Fillon ne concerne pas ce tableau, qui «n’a pas de valeur marchande», assure-t-il dans un entretien au Lab

Et pour étayer sa position, il cite cette phrase du troisième paragraphe du dispositif Fillon: «Tel est l'objet du dispositif suivant qui ne concerne que les cadeaux de valeur ou qui présentent un intérêt artistique, culturel, scientifique ou historique.» La question reste donc de savoir si le tableau offert par Ouattara a une valeur artistique et/ou marchande. En tout cas, son auteur, le peintre James Hura, assure à France Info qu’il écoule ses toiles sur le marché entre 2.500 et 25.000 euros.

En attendant, le fameux tableau est désormais exposé dans le cabinet d’avocats de Claude Guéant, situé avenue George-V, à Paris. Ce n’est pas la première fois que des œuvres offertes à l’Etat français «disparaissent». D’après Le Monde, la Commission de récolement des dépôts d'œuvres d'art estimait en 2009 qu’environ 12% de ces pièces étaient perdues.

Rappelons que Claude Guéant est déjà mis en cause pour un virement de 500.000 euros sur son compte en banque –dont il assure qu'il provient de la vente de deux toiles du peintre néerlandais Andries van Eertvelt. L'Express vient également de révéler un autre virement suspect de 25.000 euros versé sur le compte de l'ex-ministre et venant de Jordanie.