Prise d'otages de Neuilly: Le souvenir d'une grande frayeur

Lucie Romano

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Un policier du RAID lors de la prise d'otages à l'école maternelle Charcot, par Erick Schmitt, surnomme «HB» (Human Bomb), le 13 mai 1993.
Un policier du RAID lors de la prise d'otages à l'école maternelle Charcot, par Erick Schmitt, surnomme «HB» (Human Bomb), le 13 mai 1993. — FACELLY/JOB/SIPA

«Je déjeunais à la maison avec mon mari, nous avons découvert aux informations qu’il y avait une prise d’otages dans l’école de notre fille.» Vingt ans après, Hélène Fitzgerald se replonge facilement dans ses souvenirs. Sa fille Diane est alors en CP, elle ne se trouve pas dans l’école maternelle où la prise d’otages est en cours, mais elle ne le sait pas encore. Car les images diffusées montrent la cour de l’école primaire, où se trouve aussi une entrée secondaire de l’école maternelle. Effrayée, elle appelle l’école de sa fille, un policier lui répond alors de venir récupérer l’enfant, mise à l’abri dans un réfectoire.

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«C’était extrêmement impressionnant de rentrer dans cette cour, explique-t-elle, encore émue. Ce qui m’a le plus marquée, c’est cette douzaine d’ambulances, environ une pour deux enfants retenus, avec des civières toutes prêtes.»

Elle rentre vite chez elle et suit le dénouement de la prise d’otages minute par minute. Débutée jeudi matin à 9h dans le groupe scolaire Commandant Charcot à Neuilly-sur-Seine, elle se terminera près de deux jours plus tard. L’homme qui retient les enfants, Erick Schmitt, se fait appeler «HB» pour «Human Bomb». Il est entré avec des bâtons de dynamite, exige une rançon de 100 millions de francs, et a remis des lettres aux policiers.

Abattu par les hommes du Raid

«HB» est abattu par les policiers du Raid à 7h25 exactement, le samedi. Les six derniers enfants sont libérés sains et saufs. Les autres avaient été sortis au compte-gouttes pendant la négociation.

«Maman, les enfants sont échangés contre des sandwichs!», rapporte, excitée, Diane à sa mère, dans les heures qui suivent la prise d’otages. Hélène s’en amuse aujourd’hui: «Ma fille n’en revenait pas de la tractation». Puis, sérieuse: «L’ambiance à l’école est restée un moment perturbée, y compris chez les enfants, des petits frères et des petites sœurs avaient été pris en otages».

«Le courage physique de Nicolas Sarkozy»

Arnaud Teullé était là, lui aussi. Aujourd’hui responsable de l’enseignement dans la ville voisine de Puteaux, il avait 27 ans à l’époque et a vécu l’événement aux côtés de son père, Roger Teullé à l’époque adjoint au maire de Neuilly, aujourd’hui décédé.

«Mon père est revenu en pleurs le deuxième jour. Il régnait une extrême tension dans l’école. Les parents étaient très inquiets, avec ces explosifs autour d’un homme désespéré.»

Comme jeune homme, c’est «le courage physique de Nicolas Sarkozy» qui l’a «marqué». Le maire de Neuilly-sur-Seine et ministre du Budget à l’époque «a pris le risque de rentrer» dans la pièce où était retranché «Human Bomb» à plusieurs reprises, «de sauter éventuellement avec les enfants», explique le sarkozyste.

«C’était très inquiétant, on savait que «HB» avait un détonateur sur lui, on ne savait pas son degré de violence», se souvient à son tour Michel Deloison, alors adjoint en charge des affaires scolaires, lui aussi dépêché sur place.

«Il ne fallait pas que les parents traversent»

«La première matinée, nous avons tenu un standard téléphonique à la mairie pour répondre aux parents inquiets. L’après-midi, nous avons assuré le ravitaillement en vêtements et en couches.»

«Les mères de famille étaient effondrées, j’allais leur parler pour provoquer des réactions et éviter que leurs crises de nerf n’éclatent spontanément et soient ingérables. Il ne fallait pas que les parents traversent pour aller chercher leurs enfants».

L’épisode a marqué très fortement les parents des 21 enfants retenus. Leurs témoignages sont très difficiles à obtenir, soit parce qu’ils ont rapidement déménagé, traumatisés par l’événement, soit parce que vingt ans après, ils ne souhaitent plus en parler.