Quelles sont les mesures phares du 3e plan autisme?

SANTE Le 3e plan autisme a été dévoilé ce jeudi par le ministère délégué aux Personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion...

Alexandra Luthereau

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Marie-Arlette Carlotti, ministre chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, le 31 janvier 2013, à Marseille.
Marie-Arlette Carlotti, ministre chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, le 31 janvier 2013, à Marseille. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Le 3e plan autisme, dont le budget a été augmenté de 18 millions d’euros par rapport au précédent, pour atteindre 205,5 millions, a été présenté par Marie-Arlette Carlotti, la ministre déléguée aux Personnes handicapées ce jeudi. Les associations de famille, qui l’attendaient depuis longtemps, réclamaient des diagnostics et un dépistage précoces de la maladie, la prise en charge et la création de places d'accueil dans des structures adaptées et la scolarisation de leurs enfants au sein de l’Education nationale. 20Minutes fait le point.

Dépistage précoce

«On sait que plus le diagnostic est précoce, meilleure est la prise en charge» a souligné Marie-Arlette Carlotti dans une interview accordée au Parisien. Ainsi, les nouveaux carnets de santé, en circulation début 2015, incorporeront une grille de dépistage de l’autisme dès 18 mois. Par ailleurs, le plan prévoit un réseau d’alerte et de dépistage-diagnostic précoce de proximité par département et région, formations à l’appui pour tous les acteurs du parcours de l’enfant (médecins de ville, infirmiers, institueurs, assistants maternels...) et création de places dans des structures dédiées.
 

Unités d’enseignement en maternelle

Concernant la scolarisation des enfants autistes, 700 nouvelles places au sein d’unités d’enseignement en maternelle sont prévues par le nouveau plan qui s’étalera jusqu’en 2017. Sur ce point, les associations sont déçues. Ce que veulent les familles, c’est la scolarisation au sein de l’Education nationale, dans les mêmes écoles que les enfants non autistes et non au sein de structures médico-sociales ou sanitaires. Etre dans un milieu éducatif ordinaire permet aux autistes de mieux se développer et d’acquérir de l’autonomie. M’Hammed Sajidi, le président de l’association Vaincre l’autisme affirme que la scolarisation dans les écoles coûterait beaucoup moins cher que ces unités d’enseignement et serait beaucoup plus efficace. Il suffirait de former les personnels éducatifs et d’assurer un accompagnement dédié, précise-t-il.
 

Places d’accueil supplémentaires pour les adultes

Deux tiers des personnes autistes sont adultes. Faute de place dans ces structures adaptées à cette maladie, beaucoup vivent dans des services psychiatriques. Pour y remédier, 1.500 places d’accueil en plus pour les adultes vont être créées d’après le plan. Ces places se répartissent entre 500 places de maisons d’accueil spécialisées (MAS) et 1.000 places pour des foyers d’accueil médicalisé (FAM), la médicalisation des foyers de vie et des Services d’accueil médico-sociaux pour les adultes handicapées (Samsah). Pour l’association Vaincre l’autisme, ce nombre de places est une bonne chose mais M’Hammed Sajidi fait remarquer que le précédent plan prévoyait 4.100 places et que seulement 2.000 ont été créées. Le plan 3 précise que l’objectif du Plan 2 sera tenu d’ici 2016 et que les places du plan 3 sont bien additionnelles.
 

La fin de l’approche psychanalytique

L’autre mesure très attendue est l’orientation de la prise en charge des autistes vers des méthodes éducatives et comportementales qui ont montré leur efficacité notamment dans les pays anglo-saxons. La méthode psychanalytique a jusqu’alors été privilégiée dans l’Hexagone: «En France, l’approche psychanalytique est partout et aujourd’hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes, pour une raison simple: ce sont celles qui marchent, et qui sont recommandées par la haute autorité de santé», explique Marie-Arlette Carlotti. Ferme, elle ajoute: «N’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler.»
 
L’association Vaincre l’autisme juge le plan insatisfaisant dans son ensemble. «Ce plan prévoit des places à vie dans des hôpitaux ou des structures spécialisées. Alors que ce type de prise en charge est bien moins efficace. Ce que nous demandons, avant tout, c’est le développement de structures innovantes qui ont de véritables objectifs en matière d’amélioration de vie, d’autonomie et de développement des personnes autistes et qui, par ailleurs, coûtent moins chères. La prise en charge dans une structure innovante coûte entre 50.000 et 60.000 euros par an contre 180.000 euros par an dans un hôpital», explique M’Hammed Sajidi, le président de l’association Vaincre l’autisme.