Les policiers inquiets de la future possibilité pour les citoyens de saisir l'IGPN

POLICE Les forces de l'ordre craignent que le site que le ministère de l'Intérieur doit mettre en place en septembre serve de «défouloir»...

Enora Ollivier

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Illustration: Police.
Illustration: Police. — 20 MINUTES

«Bœuf-carottes» pour tout le monde! Manuel Valls a confirmé dimanche que tout citoyen français pourra bientôt saisir l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, pour signaler un comportement jugé inacceptable de la part d’un membre des forces de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur doit mettre en place, à partir du 1er septembre, un site Internet destiné à recueillir les doléances des citoyens.

La mesure n’est pas tout à fait neuve. Les habitants de Paris et de sa petite couronne peuvent procéder à des actions similaires auprès de l’Inspection générales des services (IGS).  Il n’en reste que pour les policiers, l’initiative suscite des réserves.

«Ils ne peuvent pas signaler n’importe quoi»

«On craint que ça serve un peu de défouloir et que les policiers doivent passer leur temps à se justifier», raconte Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO, qui s’inquiète de la «facilité» offerte aux citoyens de saisir l’IGPN via Internet. Il y a un risque, estime-t-il, que «des gens qui se sentent dans leur bon droit en contestant une contravention pour un feu passé à l’orange» se ruent sur la plate-forme pour s’indigner. Alors que jusqu’ici, les personnes qui voulaient saisir l’IGS devaient se déplacer, ce qui «permettait de faire un tri».

Petit point d’apaisement, tout de même: ceux qui vont déposer un signalement sur la plate-forme ne pourront le faire anonymement. «On craignait le pire», indique Philippe Capon, secrétaire général de l’Unsa-Police, qui est rassuré de savoir que les utilisateurs du site «puissent être identifiés». «Il faut qu’ils sachent qu’ils ne peuvent pas signaler n’importe quoi», poursuit-il, tout en ne se disant pas trop inquiet à ce sujet. En effet, souligne-t-il, ce type de «pré-plainte» peut déjà être déposée auprès du Défenseur des droits et, en 2011, «sur 600 saisines, seules 10 posaient problème».

«Au bout d’un moment, les policiers en ont ras-le-bol»

Ce qui les inquiète finalement le plus, c’est que «les policiers se trouvent stigmatisés» alors que c’est déjà une profession «très contrôlée», explique Nicolas Comte. «Au bout d’un moment, les policiers en ont ras-le-bol», s‘agace t-il, d’autant que la gendarmerie nationale, «cette grande muette», n’est pas concernée.

«On met beaucoup la pression sur la police», renchérit Philippe Capon, qui souligne qu’il s’agit «d’un travail difficile» et qu’il y a «déjà eu 13 cas de suicide depuis le début de l’année». Aussi, le syndicaliste voudrait qu’une campagne soit également menée «sur le métier de policier». «Ce sont des gens qui doivent être respectés», souligne-t-il. Et «il serait intéressant», poursuit-il, que le ministère crée une plate-forme similaire «où les gens pourraient écrire quand ils sont témoins de faits clairement délictuels».