«Cérémonie normale» ou «portée politique», trois internautes racontent les futurs «mariages pour tous»

TÉMOIGNAGES ntre volonté de se fondre dans la masse et besoin de revendiquer, trois internautes gays décrivent les préparatifs de leur mariage...

Christine Laemmel

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Illustration mariage pour tous. Salon du mariage et du Pacs à Lille, le 25 novembre 2012.
Illustration mariage pour tous. Salon du mariage et du Pacs à Lille, le 25 novembre 2012. — M.LIBERT/«20 MINUTES»

Caroline, Jérémy* et Eric, internautes de 20 Minutes, en couple depuis plusieurs années, ont envie de se marier depuis bien longtemps. Mardi, leur désir est devenu projet. Leur mariage aura-t-il un goût particulier de victoire? Comment imaginent-ils le jour J? Nous leur avons posé la question.

«Je veux un mariage normal, répond sans détour Caroline, en couple avec Marie-Laure depuis 13 ans, même si ce mot m’énerve.» En toute simplicité, les deux femmes s’uniront donc à l’automne, «le temps de finir les préparatifs», dans leur ville de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Dragées, échange de vœux, photos dans un parc, test du menu dans quelques jours, tout se déroule le plus classiquement du monde. Et Caroline y tient dur comme fer. «On ne va pas réinventer le mariage parce qu’on est entre femmes, commente-t-elle. Je ne veux pas me démarquer, ni être reconnue comme une personne à part.» Caroline veut un «beau mariage», un «mariage avec un grand M», mais elle veut surtout, maintenant qu’elle a «tout [ses] droits», «redevenir une citoyenne comme les autres».

Seules notes particulières, chaque mariée aura sa jarretière et les couleurs thématiques de la réception sont le rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet. Celles du «rainbow flag», le drapeau arc-en-ciel symbolisant la diversité sexuelle et étendard du combat pour l’égalité des droits.

«Si un politique veut prendre la parole à la mairie, on le laissera faire»

Au mariage d’Eric et son compagnon (qui se prénomme également Eric), qui se tiendra le 31 août à Niort (Deux-Sèvres), c’est la pièce montée qui sera arc-en-ciel. «Un délire avec le traiteur, un ami», s’amuse le futur marié, intarissable sur sa cérémonie. Mais pour «marquer les esprits», le symbole ne s’arrêtera pas à l’assiette. S’il qualifie le mariage de «témoignage d’amour et de partage» avant toute chose, Eric reconnaît un versant revendicatif, «provoc’» dira-t-il même, à cette union. «Pas militants à la base», les deux hommes se sont, depuis janvier, largement investis dans la lutte pour le «mariage pour tous». Alors que son compagnon est conseiller municipal, Eric est devenu délégué régional de SOS homophobie. Ils sont à l’origine de la première manifestation de Niort en janvier. Sa fille Manon a même écrit une tribune lue «devant 400 personnes, lassée des attaques contre les familles homoparentales». Et plus les revers des «anti» anonymes comme de certains membres de la famille se sont faits violents, plus le couple s’est impliqué.

Difficile après ces mois de lutte de ne pas donner une «portée politique» à leur mariage. «On sait qu’il y aura beaucoup de monde, dont des militants d’associations gays et lesbiennes et des politiques, prévoit Eric. Si l’un d’entre eux veut prendre la parole à la mairie, on le laissera faire.»

Même si Jérémy* espère, lui, un mariage «comme les autres», la revendication s’est un peu imposée d’elle-même. Celle de la «normalité», la même que pour Caroline, là où les couples hétéros cherchent parfois à innover. «On veut surtout un mariage comme les autres», clame Jérémy, avant de préciser: «L'année dernière, pour l'enterrement du père de mon ami, certains proches nous ont fait remarquer qu'il était bon de nous voir nous tenir la main. Nous ne nous "montrons" jamais en public. Proches mais jamais en train de s'embrasser, de se tenir ou autre. Ce mariage est l'occasion de nous montrer à nos proches comme ils ne nous ont jamais vus: encore plus amoureux que le premier jour et encore plus décidés à vivre les deux cœurs battants.»

«Une main courante déposée au commissariat pour éviter les représailles»

Fin juillet, après quatorze ans de vie commune, Jérémy et son compagnon signeront donc «un nouveau CDD de 14 ans», face à leurs 300 invités. Mais pas complètement face au monde entier. Le prénom de cet internaute a été changé pour réaliser cet article et sa ville de résidence n’est pas précisée, par «crainte de représailles». Même soutenus par la loi, même presque unis par un contrat, les deux hommes ont prévu un véritable arsenal préventif pour éviter de «gâcher le plaisir des invités» à cause de «nuisances liées aux antis».

«Nous ne donnons pas la ville du lieu de réception. Si besoin, nous informerons la préfecture (….) Nous envisageons aussi de nous retirer des annuaires téléphoniques un certain temps pour éviter aux anti de nous trouver dans l'annuaire, après la publication des bans.»

Caroline ira encore plus loin, puisqu’elle a prévu de déposer une main courante au commissariat avant la cérémonie, confiant une réelle «appréhension». Une inquiétude qui pourrait la pousser à reporter voire annuler le mariage? «Non, nous répond-elle fermement. Je ne veux pas céder à la panique». Pas question de «fléchir» pour Jérémy non plus. Eric, réaliste, ne nie pas le risque de trouble, mais écarte avec aplomb tout risque de débordement: «Les anti? Qu’ils viennent! Je les attends! Il y aura 200 personnes. C’est pour eux que ça pourrait mal se passer.»

 

*Le prénom a été changé