Affaire Grégory: L'analyse ADN n'a rien donné de concluant

Nicolas Beunaiche et Corentin Chauvel

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Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé mort dans la Vologne en octobre 1984.
Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé mort dans la Vologne en octobre 1984. — GOYHENE/ SIPA

L’espoir de la famille Villemin aura été de courte durée et s'amenuise au fil des analyses. Ce mercredi, le procureur général de Dijon (Côte-d’Or), Jean-Marie Beney, a annoncé lors d’une conférence de presse que les profils ADN identifiés sur les cordelettes qui avaient servi à attacher le petit Grégory, mort dans la Vologne en 1984, étaient «difficilement exploitables» et ne correspondaient à aucune des 280 empreintes génétiques recensées dans le dossier.

Elles ont été «analysées une deuxième fois en utilisant des méthodes plus pointues et un quadrillage précis», mais «le résultat est extrêmement mince»: Un mélange d'ADN masculin très partiel a été retrouvé sur un morceau, mais il est «très difficilement exploitable». «On peut faire une exclusion (de suspect), mais rien d'autre», a précisé le procureur. 

Aucun résultat pour la lettre anonyme

L'ensemble des vêtements ont également été de nouveau expertisés. Aucune empreinte n'a été relevée sur le bonnet et les chaussures. Sur le pantalon, un profil ADN partiel féminin a été retrouvé à deux endroits. Le pull contient lui un ADN partiel masculin et un autre ADN masculin complet. Pour l'anorak, c'est un ADN partiel masculin qui y figure. Enfin, le t-shirt comporte la seule empreinte génétique du petit Grégory. 

L'une des nombreuses lettres anonymes adressée au juge d'instruction de l'époque Jean-Michel Lambert, et qui n'avait pas encore été analysée, a également été expertisée, a indiqué le procureur. Un profil ADN partiel et un complet, tous deux masculins, ont été relevés sur la lettre et son enveloppe. Problème, le complet correspond à celui d'un enquêteur de l'époque qui avait manipulé le courrier. Trois autres mélanges d'ADN, masculin et féminin, ont été retrouvés. 

Le corbeau serait un homme et une femme

Jean-Marie Beney a souligné que tous les ADN complets ou partiels «ont été comparés à la base constituée dans le dossier», soit 280 personnes, et «ces comparaisons ne permettent pas de mettre des noms sur ces profils». «Il n'y a pas d'identification formelle d'un quelconque protagoniste», a-t-il précisé. 

Enfin, le procureur général de Dijon a révélé les résultats «prévisibles» de l'analyse de la voix du corbeau. «Il y avait très peu de choses à attendre en raison de la qualité critique des enregistrements et des points de comparaison», a-t-il expliqué. De plus, les logiciels automatiques actuels n'ont pas pu être utilisés à cause de l'ancienneté des enregistrements. Des méthodes plus anciennes ont alors été employées. C'est néanmoins avec une «grande prudence» que Jean-Marie Beney a annoncé qu'«il y avait possiblement deux voix de locuteurs: un masculin et un féminin.» «Malheureusement, on ne peut pas en dire plus et il ne sera pas possible de mettre des noms sur ces locuteurs», a-t-il tempéré. 

«A ce stade, le dossier n'est pas fermé»

Désormais, la suite de l'enquête est entre les mains de la présidente de la chambre d'instruction de Dijon. «Il est aujourd'hui nécessaire de faire une nouvelle série de prélèvements, dans l'environnement de l'enfant, et de mettre un nom sur ces ADN partiels ou complets», estime le procureur. «A ce stade, le dossier n'est pas fermé, même si ces expertises n'ont pas permis de donner des résultats importants pour l'avancée de l'enquête», a-t-il ajouté. 

Malgré «l'immense déception» des époux Villemin, relayée ce mercredi par leur avocat, Jean-Marie Beney a insisté sur le fait qu'«il y a toujours un espoir», même si, «de manière scientifique», celui-ci «s'éloigne». Pour lui, «l'essentiel a été fait», mais «tout cela n'est pas vain».