«Mariage pour tous»: La «joie» des pro et la «rage» des anti éclatent

REPORTAGE Dans la rue, chaque camp reste ferme sur ses convictions...

avec AFP

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Des partisants du «Mariage pour tous» fêtent le vote de la loi devant l'Assemblée Nationale à Paris, le 23 avril 2013.
Des partisants du «Mariage pour tous» fêtent le vote de la loi devant l'Assemblée Nationale à Paris, le 23 avril 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Champagne et dragées contre bouches scotchées: la joie des partisans du mariage homosexuel contrastait avec la colère des opposants mardi soir. Mais les deux camps ont affiché la même détermination à poursuivre leurs combats.

 

 

 

Des milliers de personnes étaient rassemblées dans la soirée dans plusieurs grande villes de France pour saluer la victoire «de l'égalité entre homos et hétéros», ou pour manifester «leur rage» après l'adoption du texte ouvrant le mariage et l'adoption aux couples d'homosexuels.

«On est super heureux, clairement. Après, notre combat est loin d'être terminé. Dès demain, on s'y remet», confiait à l'AFP Cécile Hommeau, 32 ans, membre du collectif «Oui oui oui» qui a réuni une centaine de personnes près de l'Assemblée nationale dès le vote des députés.

Et maintenant la PMA?

«Le but, c'est d'obtenir la PMA (procréation médicalement assistée) pour les lesbiennes en France et on l'obtiendra», a poursuivi la trentenaire vêtue d'une robe confectionnée de tracts. Autour d'elle, des voix chantent et plaisantent: «A nous le mariage, le veuvage et l'héritage. A nous, l'adultère, la pension alimentaire!».

Accolades, embrassades, larmes à l'oeil, l'émotion était palpable dans tous les rassemblements, jusqu'à Crest dans la Drôme où 70 personnes se sont embrassées devant la mairie, dont l'édile Hervé Mariton s'est illustré à l'Assemblée contre le projet. Devant la mairie de Paris, les personnalités politiques de gauche ont défilé au son des «merci, merci, merci» des manifestants joyeux. «Mariez-vous! Invitez le plus grand nombre de personnes», leur a lancé Erwann Binet, le rapporteur PS de la loi.

Juliette, à peine 5 ans, est venue avec ses deux mamans Sandrine et Estelle, qui glissent: «ça fait du bien d'être reconnues et de savoir que pour notre fille, née après une PMA à l'étranger, c'est enfin la reconnaissance.»

Demande en mariage

«Ce soir, l'amour est plus fort dans notre pays, la France est plus fraternelle», a renchéri le maire de Paris Bertrand Delanoë, un coeur rouge en papier sur la poitrine. Rouge toujours à Bordeaux, où Isabelle, une rose couleur sang à la main, a demandé Catherine en mariage au milieu d'une centaine de personnes. «Nous allons avoir le droit comme tout le monde de nous marier», se réjouit-elle simplement.

A Lille, marquée par une agression dans un bar homosexuel la semaine dernière, beaucoup aimeraient tourner la page après des mois de crispations. «On va peut-être pouvoir passer à autre chose et que les anti se taisent. Qu'on arrête cette haine gratuite», espère Agathe, 32 ans.

«Hollande, l'ennemi de la famille»

Mais dans l'autre camp, la détermination reste entière. «Si certains pensent que c'est fini, on va leur montrer que ce n'est pas fini», a lancé l'égérie du mouvement Manif pour tous, Frigide Barjot à la tête d'un cortège de quelques centaines de personnes dans le centre de Paris. Après une minute de silence, les manifestants ont repris leurs slogans: «Taubira ta loi pourrira» ou «Hollande, l'ennemi de la famille».

Pour Isabelle Raggi, mère de cinq enfants arborant un drapeau français en foulard autour du cou, «tout est toujours possible. Regardez la loi sur l'école libre, Mitterrand qui avait un peu de bon sens, lui, ne l'a pas appliquée». «On est mobilisé plus que jamais», renchérit Charlotte Fabre, au milieu d'une soixantaine de manifestants à Marseille. Même son de cloche à Lille, où Henri, 40 ans, déclare aux côtés de 250 manifestants: «On est là pour se retrouver, se fédérer pour la suite des opérations».

Entre 300 et 400 opposants au mariage homosexuel ont également défilé dans le centre de Toulouse, essentiellement des familles accompagnées de jeunes enfants. «Ce soir, nous entrons officiellement en résistance, une résistance pacifique», disait une porte-parole, juchée sur un camion de sonorisation. A Caen, ils étaient 150, dont certains la bouche scotchée.

Dans certaines villes, les manifestations ont toutefois quelque peu dégénéré. A Lyon par exemple, quinze personnes ont été interpellées mardi soir à la suite d'incidents survenus lors d'une manifestation d'opposants au mariage homosexuel, a-t-on appris auprès de la préfecture du Rhône.