Procès PIP: «Jean-Claude Mas a ruiné ma vie»

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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Un chirurgien met en place des implants mammaires à une patiente.
Un chirurgien met en place des implants mammaires à une patiente. — BANOS/TPH/SIPA

«Les plaintes continuent à affluer. On n’a même plus le temps de toutes les traiter…», confie un avocat qui défend des femmes porteuses d’implants mammaires défectueux PIP. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), il y en aurait 30.000 en France. Plus de 5.000 ont choisi de porter plainte et de se constituer partie civile au procès des cinq responsables de Poly Implant Prothèse (PIP) qui s’ouvre ce mercredi matin à Marseille (Bouches-du-Rhône). 20 Minutes a recueilli le témoignage de plusieurs d’entre elles.

Brigitte, 50 ans : «On m’avait dit que les implants étaient garantis à vie…»

«Je me suis fait implanter en 2002. Je faisais beaucoup de sport et j’avais envie d’avoir une belle poitrine. Je me souviens encore des propos de mon chirurgien de l’époque: "Ces implants sont garantis à vie!", m’avait-il dit. Il n’a pas fallu plus de quelques semaines pour que je repère des replis sur la poitrine. On m’a dit que j’avais la peau trop fine, qu’il fallait faire attention. Mais il était déjà trop tard. L’un des implants fuyait. Et puis, il a explosé à l’intérieur.

Aujourd’hui, j’ai des ganglions de silicone partout. Sous l’aisselle, derrière la clavicule… Et on ne pourra jamais m’enlever tout le produit qui s’est répandu. Cela occasionne d’intenses douleurs. A chaque fois que ça repart à un endroit, je m’angoisse en me demandant ce que cela va donner. Mais le plus dur, c’est que ma vie a changé. Aujourd’hui, je ne peux plus faire de vélo, plus faire de musculation. Alors que j’étais très sportive… Les gens ne se rendent pas compte des désagréments que cela cause. Un truc tout con: je ne peux plus dormir sur le côté. Ca paraît bête mais c’est très ennuyeux…»

Sandrine, 46 ans: «Je suis rongée de l’intérieur par le silicone»

«Pour moi, tout a débuté quand j’avais 18 ans. J’avais une poitrine trop grosse. Elle a donc été réduite lors d’une opération. Mais après ma première grossesse, mes seins ont commencé à tomber. J’ai donc consulté un chirurgien pour savoir s’il était possible de me les remonter. Je ne voulais pas mettre d’implants après avoir subi une opération de réduction de poitrine mais il m’a dit que c’était la meilleure solution.

Un an après la pose des implants, j’ai commencé à avoir des nodules. Les douleurs se sont faites de plus en plus violentes. Et puis en 2005, les examens ont révélé que j’avais du silicone sous l’aisselle droite. L’implant avait explosé… J’ai vécu trois ans comme cela car je n’avais pas les moyens de me faire réopérer. Entre-temps, j’ai perdu mon emploi de professeure de sport, ma société a été liquidée. Et quand j’ai enfin pu me faire opérer, on s’est rendu compte que mon deuxième implant avait, lui aussi, cédé. Aujourd’hui, je suis rongée de l’intérieur par le silicone. Je n’ai plus d’emploi. Jean-Claude Mas a ruiné ma vie. J’aimerais qu’il soit condamné à porter des implants pourris jusqu’à ce qu’ils explosent en lui…»

Isabelle, 56 ans: «J’ai entendu craquer»

«Dans cette affaire, c’est la réaction des gens finalement qui m’embête le plus. Porter des implants mammaires, ça a toujours une connotation négative. Il faut leur expliquer. Moi, par exemple, c’est parce que j’ai eu un cancer du sein en 1992 que je me suis fait poser des implants. En 2002, il fallait les remplacer. Je fais du sport de haut niveau. Je suis une coureuse de longue distance. Sur une épreuve en Afrique du Sud, je m’étirais quand j’ai entendu craquer. Comme un ligament. J’ai d’abord cru que je m’étais cassé une côte.

En rentrant en France, j’ai passé des examens. J’ai vu que mon implant avait cédé. Le médecin m’a dit qu’il n’y avait aucun risque pour moi, que je pouvais attendre un an avant de me faire réopérer. Mais au bout de sept mois, je n’arrivais plus à me lever. Les douleurs étaient terribles. Finalement, j’ai opté pour une clinique privée. Ca m’a coûté 1.500 euros et ça n’a pas arrêté les douleurs. Aujourd’hui, j’ai une poche de silicone en dessous de mon muscle…»

Un quart des implants étaient défectueux, selon l’ANSM

Près de 15.000 femmes se sont fait retirer leurs implants mammaires PIP après la découverte de la fraude et un quart de ces prothèses étaient défectueuses, selon un nouveau bilan officiel, communiqué le 12 avril par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Si l’Agence assure que la qualité du gel non conforme PIP «n’entraîne pas de risque significatif pour la santé», elle précise avoir répertorié 4.257 effets indésirables sur 2.697 victimes examinées.