Procès PIP: «Ils vont être confrontés à la douleur des victimes»

JUSTICE Cinq prévenus sont jugés au procès des implants mammaires PIP...

Vincent Vantighem

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Jean-Claude Mas et ses coprévenus encourent cinq ans de prison.
Jean-Claude Mas et ses coprévenus encourent cinq ans de prison. — J-P. Pelissier / Reuters

Sandrine sait bien que ce n'est «pas possible». Mais elle aimerait bien que Jean-Claude Mas soit condamné à «porter des implants mammaires pourris jusqu'à ce qu'ils éclatent». En fait, le président de Poly Implant Prothèse (PIP) –et ses quatre coprévenus– n'encourront qu'une peine de cinq ans de prison pour «tromperie aggravée et escroquerie» lors du procès du scandale sanitaire PIP, qui doit s'ouvrir, mercredi, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Accusés d'avoir fabriqué des prothèses mammaires avec un «gel maison» de moins bonne qualité, les prévenus ont, en partie, reconnu les faits lors de l'instruction.

Jean-Claude Mas «insolvable»

«On sait bien qu'ils sont coupables, lâche Sandrine. Ce procès ne réglera donc rien. Si ce n'est qu'ils seront confrontés à la douleur des victimes.» Dix ans après son opération, la sienne est toujours palpable. «Les deux prothèses ont éclaté. Je suis rongée de l'intérieur par le silicone. A cause de tout ça, ma société a été liquidée», raconte, les larmes aux yeux, cette ancienne professeure de sport de 46 ans.

«On parle beaucoup d'argent et d'indemnisation dans les médias, poursuit l'avocat Philippe Courtois, qui défend 2.800 des 5.200 femmes parties civiles. Mais ce n'est pas ce qui importe le plus.» Déclaré «insolvable», Jean-Claude Mas ne devrait, de toute façon, pas avoir à indemniser les 30 000 victimes répertoriées en France. «Mais s'il est condamné, toutes les femmes pourront saisir la commission d'indemnisation», poursuit Philippe Courtois.

«J'ai eu la chance d'avoir les moyens de me faire enlever les implants défectueux, raconte Brigitte, une victime de 50 ans. Mais certaines femmes attendent d'être indemnisées pour le faire.» Et supportent les douleurs et l'angoisse. Car si l'Agence nationale de sécurité du médicament estime que les implants PIP n'entraînent «pas de risque significatif pour la santé», elle reconnaît que plus de 4.000 effets indésirables ont été constatés chez les victimes.

 

La défense va demander le renvoi du procès

Yves Haddad, l'avocat de Jean-Claude Mas, a fait savoir qu'il allait demander le renvoi du procès dès l'ouverture, son client ayant reçu une «convocation non datée». Si sa demande n'aboutit pas, 180 avocats et près de 5.000 victimes seront présents ou représentés au palais de l'Europe de Marseille où le procès a été exceptionnellement délocalisé.