Redoine Faïd: Pourquoi les fuyards finissent par se faire rattraper

CAVALE La «belle» parfaite n'existe quasiment pas...

William Molinié

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La prison de Sequedin, le 13 avril 2013.
La prison de Sequedin, le 13 avril 2013. — BAZIZ CHIBANE/SIPA

Une cavale est-elle forcément vouée à l’échec? La plupart des fugitifs, surtout les plus médiatiques, finissent un jour ou l’autre par se faire attraper par la police. Mesrine, Treiber, Khider, Payet, Ferrara… Et bientôt Redoine Faïd?

«Je ne connais aucun malfaiteur issu du grand banditisme dont on ait perdu à jamais la trace», assure à 20 Minutes Claude Cancès, l’ancien patron du prestigieux 36, Quai des Orfèvres*. «Redoine Faïd a sans doute trouvé un point de chute. Mais s’il est aussi intelligent que son avocat le dit, il a pertinemment intégré qu’il ne restera pas éternellement en cavale. Il sait d’ores et déjà qu’il aura des comptes à rendre et qu’il se fera rattraper», avance-t-il.

«Il y aura toujours un tuyau d’un indic»

Le braqueur, en fuite depuis samedi matin après une spectaculaire évasion de prison, est recherché par une centaine de policiers et gendarmes en France mais aussi en Europe. Ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve ainsi dans la peau du «caïd le plus recherché». Dans le livre** qu’il a coécrit avec le journaliste spécialiste du grand banditisme, Jérôme Pierrat, il racontait avoir déjà échappé aux policiers suisses en 1998 avant d’être rattrapé par la brigade de répression du banditisme (BRB) quelques semaines plus tard alors qu’il passait récupérer des billets d’avion dans une agence de voyage.

Une «belle» de plusieurs mois, au moins, demande un effort psychologique et nécessite de s’imposer une rigueur de vie. Rester caché, ne pas avoir de liens avec sa famille. Oublier ses «amis». Ne plus souhaiter les anniversaires de ses proches… Car les policiers disposent de moyens techniques importants pour mettre sur écoute toutes les personnes qui seraient susceptibles de rentrer en contact avec le fugitif. «La principale [erreur] est de faire confiance aux gens de votre entourage ou qui vous aident lors d’une cavale. Ils ne savent pas comment les flics enquêtent», confie André Segura, ancien braqueur qui s’est fait la malle à six reprises.

>> Retrouvez ici notre interview de «Dédé la cavale»…

Autre élément fondamental: l’argent. «La plupart du temps, les anciens braqueurs remontent au front car il leur faut du cash. C’est d’ailleurs comme cela qu’on parvient à retrouver leur trace», décrypte un policier de la PJ parisienne. «Ces types n’ont pas toujours que des amis. Un jour ou l’autre, il y aura un tuyau d’un indic qui fera progresser l’enquête», poursuit Claude Cancès.

Pour certains fugitifs, le pire ennemi est le besoin de reconnaissance de la société. Et donc le relais par les médias… Jean-Pierre Treiber jouait au chat et à la souris avec les policiers dans une forêt de Seine-et-Marne en déposant des lettres au pied des arbres. Le rappeur Mister You s’est rendu célèbre en narguant les policiers sur Internet alors qu’il était recherché par les services spécialisés...

En orchestrant dès 2010 sa soi-disant repentance, Redoine Faïd a appris à utiliser la presse pour se construire une image. «Cet homme a visiblement un ego surdimensionné. C’est ce qui pourrait l’amener à faire un peu plus d’erreurs», conclut Claude Cancès.

*«Les Seigneurs de la Crim», Claude Cancès, Edition Jacob-Duvernet.
**«Braqueur - Des cités au grand banditisme», Rédoine Faïd, Edition La manufacture de livres.